Afghanistan : « La liste est longue des humiliations subies par les Etats-Unis sans que leur influence mondiale en soit réellement affectée »

Chronique. Les Etats-Unis sont-ils un allié ou un ami fiable ? Peut-on compter sur l’Amérique pour tenir le rôle du « shérif », même réticent, dans son vaste espace d’influence ? La France a longtemps été le seul membre de la famille occidentale à poser cette question – de De Gaulle à Emmanuel Macron. Ce ne serait plus le cas.

Le retour des talibans au pouvoir en Afghanistan aurait élargi, bien au-delà de l’Occident, le cercle des pays qui doutent de la crédibilité des engagements des Etats-Unis. Vingt ans après les avoir chassés de Kaboul, et annoncé l’avènement d’un Afghanistan nouveau, les Etats-Unis remettent les clés aux talibans et à leur parrain pakistanais, qui se trouve être le protégé de la Chine dans la région. Pas brillant. Certains, brassant volontiers large, annoncent le début d’un monde post-américain. C’en serait bel et bien fini d’une ère de prépondérance établie à la fin de la deuxième guerre mondiale. Sans doute.

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Mais il ne faut pas confondre déclin des Etats-Unis et déclin de « l’empire américain ». Le premier est un thème qui fait partie des obsessions récurrentes de la République américaine – quelque chose d’aussi vieux que l’apple pie, la tarte aux pommes. Le second, lié à la question de la crédibilité stratégique de Washington, est une histoire plus récente et plus complexe.

Reculs, retraits, avanies

L’affaire afghane ne se réduit pas à sa dimension morale : l’abandon d’une population à une dictature islamiste. Elle saperait le crédit de l’Amérique auprès de pays qualifiés « d’amis » et de « partenaires ». Si Biden assume tranquillement la défaite que le retour des talibans à Kaboul représente pour l’Amérique, résume l’éditorial du Financial Times (du 1er septembre), la perspective d’un rétablissement de « l’hégémonie russe sur l’Ukraine troublerait-elle beaucoup le sommeil du président » ? Et si les Etats-Unis finissent par faire des compromis sur les ambitions territoriales de Vladimir Poutine en Ukraine, pourquoi Pékin accorderait-il du crédit au soutien américain promis à l’île chinoise de Taïwan – autonome depuis 1949 et que le président Xi Jinping entend récupérer ?

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Ainsi va la théorie d’une crédibilité diminuée avec effets de dominos d’un bord à l’autre de la planète. Cette théorie contient peut-être une part de réalité mais l’histoire récente des Etats-Unis ne la corrobore aucunement. Reculs, retraits, avanies, défaites, les coups portés à la crédibilité des Etats-Unis n’ont pas manqué. Qu’il s’agisse du Vietnam en 1975, des déboires de Jimmy Carter face à la jeune République islamique d’Iran en 1979, de la passivité de Ronald Reagan après les attentats de Beyrouth en 1983, la liste est longue des humiliations subies par l’Amérique sans que son influence mondiale en soit réellement affectée.

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