« Afghanistan : vivre en pays taliban », sur Arte : un village à l’heure islamique

Omarkheil est situé à deux heures de route de la capitale Kaboul, dans la province du Wardak, au centre de l’Afghanistan (ici, l’une des rues du village).

ARTE – SAMEDI 5 JUIN À 18 H 35 – DOCUMENTAIRE

Des talibans afghans, aux portes du pouvoir après en avoir été chassés fin 2001, on connaît les soldats. Depuis 2018, on a aussi pris l’habitude de voir leurs dirigeants négocier la paix à Doha, au Qatar, d’abord avec les Etats-Unis et, depuis l’automne 2020, avec leurs frères ennemis du régime de Kaboul. Mais, alors que le processus de réconciliation est dans l’impasse, que la pression militaire des insurgés redouble et que les Américains quittent le pays, une question taraude : à quoi ressemblent les talibans dans la vie de tous les jours ?

Le documentaire Afghanistan : vivre en pays taliban, diffusé samedi 5 juin sur Arte, puis samedi 12 juin sur France 24, lève une partie du voile. Réalisé par Margaux Benn et Solène Chalvon-Fioriti, il nous emmène à deux heures de route de la capitale, à Omarkheil, un petit village de la province du Wardak (centre), qui vit sous le règne taliban depuis douze ans. Ici, les habitants louent les maîtres de la zone pour la sécurité retrouvée, l’omniprésence de gardes armés, au marché, dans les rues ; et dans le sillon des deux réalisatrices…

Procédures expéditives

Les talibans sont en quête de légitimité à l’heure où ils prétendent reprendre les rênes du pays. Si l’école gouvernementale a été bannie et les bâtiments détruits, l’enseignement est néanmoins délivré, disent-ils – bien sûr aux garçons, afin d’en faire de futurs talibans, mais aussi aux filles. Elles ne peuvent certes s’instruire que jusqu’à 12 ans, dans une classe unique, qui dispense quatre heures de religion par jour et des cours de maths. Une séquence montre un professeur de sciences face aux jeunes filles, scène impensable sous l’ère talibane, entre 1996 et 2001.

Pour attester leur tolérance, les insurgés laissent les journalistes interroger une femme médecin éduquée et moderne. Venant de la capitale pour travailler dans le dispensaire, elle rappelle la dureté de la vie dans ces campagnes afghanes. « Les femmes, ici, ont toutes des problèmes psychologiques, elles ne sortent jamais et portent la burqa. »

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Les talibans sont, enfin, fiers de leur justice, rendue lors de procédures expéditives. Plus rapide et revendiquée « moins corrompue » que le système judiciaire gouvernemental, elle s’impose aux soldats talibans comme à leurs familles. Mais seule la charia (la loi islamique) prévaut, comprenant lapidation, amputation de la main et décapitation. « L’existence d’institutions talibanes n’exclut pas la barbarie », souligne le documentaire.

Omarkheil est au cœur d’un monde rural qui ne ressemble guère aux zones urbaines afghanes

Omarkheil est au cœur d’un monde rural qui ne ressemble guère aux zones urbaines afghanes, où il n’est pas rare de voir des femmes flâner, voire conduire, visage non couvert. Ici, la musique est interdite dans les mariages. Les talibans s’immiscent dans le quotidien d’habitants sommés de dénoncer les voisins qui rechignent à se rendre à la mosquée. La directrice d’une école publique a dû se réfugier dans la ville d’Herat (ouest) après avoir été chassée de son village. « Il n’y a pas plus malheureux que les Afghans », dit-elle.

Ce n’est pas la première fois que les talibans ouvrent ainsi leurs portes. En juin 2017, une équipe de la BBC avait passé quatre jours dans la ville de Musa Qala, l’un de leurs fiefs dans le sud du pays. Déjà, à cette époque, ceux chargés de la communication expliquaient qu’ils se souciaient d’apporter des services publics à la population et souhaitaient avoir de bonnes relations avec le monde extérieur.

Afghanistan : vivre en pays taliban, documentaire de Margaux Benn et Solène Chalvon-Fioriti (Fr., 2021, 37 min). Diffusé samedi 5 juin sur Arte, puis samedi 12 juin sur France 24. Disponible en replay sur Arte.tv jusqu’au 31 mai 2024.