Afrique : une industrie du cinéma en plein essor mais un potentiel économique « inexploité »

Tournage à Abuja, au Nigeria, en mai 2020.

La production d’œuvres cinématographiques est en pleine croissance en Afrique grâce aux technologies numériques. Mais le potentiel économique de cette industrie reste « largement inexploité sur la quasi-totalité du continent », relève mardi 5 octobre l’Unesco qui publie une cartographie du continent et des recommandations pour « organiser la croissance à venir ».

En Afrique, « ces dernières années ont vu le foisonnement d’une quantité remarquable de productions grâce aux technologies numériques », relève l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture, dans un rapport de 70 pages.

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« Le cas de Nollywood [l’industrie du cinéma nigérian] avec quelque 2 500 films tournés chaque année est exemplaire à cet égard. Il a permis l’émergence d’une industrie locale de production et de diffusion avec un modèle économique qui lui est propre » et le « même phénomène s’observe dans d’autres Etats du continent où la production de films et de programmes de télévision prend de l’ampleur en dehors de cadres formalisés ».

Mais « contrairement à Nollywood, la production cinématographique africaine peine à trouver un modèle économique qui lui assure une croissance pérenne à cause notamment de la taille et des insuffisances des marchés nationaux » et « les revenus générés par le secteur audiovisuel dans la majorité des Etats en Afrique vont au profit d’intérêts étrangers ».

Cinq millions de personnes

L’Unesco relève qu’une « part écrasante du marché est préemptée par des biens et services audiovisuels extérieurs à ces Etats, ce qui ne contribue ni à la connaissance mutuelle des populations, ni à la promotion de la diversité culturelle, ni au développement économique d’une industrie nationale et/ou régionale ».

Ce rapport cartographie « pour la première fois » les industries du cinéma et de l’audiovisuel à l’échelle du continent, qui « emploieraient environ 5 millions de personnes et représenteraient 5 milliards de dollars de PIB à travers l’Afrique ». « On estime que les secteurs du cinéma et de l’audiovisuel ont le potentiel de créer plus de 20 millions d’emplois et de générer une contribution annuelle au PIB de 20 milliards de dollars en Afrique », note l’Unesco, basée à Paris.

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Mais ce potentiel reste « largement inexploité », souligne l’Unesco. Parmi les difficultés récurrentes, l’Unesco relève que de nombreux aspects de l’industrie cinématographique et audiovisuelle demeurent « informels ». « Seuls 44 % des pays disposent de commissions cinématographiques nationales et 55 % seulement ont des politiques de soutien à l’industrie cinématographique ».

L’Afrique est de loin le « continent le plus mal desservi » en matière de distribution cinématographique, avec seulement un écran pour 787 402 personnes. « Seuls 19 pays africains sur 54 (35 %) offrent un soutien financier quelconque aux cinéastes, le plus souvent sous la forme de petites subventions ou d’aides », ajoute le rapport.

« Piratage effréné »

En matière de liberté d’expression, les professionnels du secteur d’au moins 47 pays (87 %) signalent des « contraintes explicites ou une autocensure sur ce qui peut être montré ou abordé à l’écran ». Bien qu’il n’existe pas de données précises sur ce sujet, « deux tiers des pays ont estimé que le secteur perd plus de 50 % » du montant des recettes à cause d’un « piratage effréné », souligne l’Unesco.

Ce rapport sera lancé au siège de l’Unesco mardi après-midi par sa directrice générale Audrey Azoulay. Plusieurs tables rondes seront organisées avec des représentants de l’industrie du cinéma.

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De mardi à jeudi, l’Unesco accueille aussi un cycle de projection de films africains, une sélection qui mélange trois générations de réalisateurs et aborde les thèmes de la condition de la femme, des « rêves contrariés » d’une jeunesse en quête d’un avenir meilleur ou de la migration clandestine et des milliers de vies emportées dans les périls du désert et de la Méditerranée.

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Le Monde avec AFP