Aides à la culture : les cabarets parisiens grands gagnants, la Cour des comptes s’inquiète du manque de contrôles

Les cabarets parisiens comme le Crazy Horse, le Paradis latin et le Moulin-Rouge ont été les premiers bénéficiaires des aides publiques au secteur du spectacle pendant la crise sanitaire, montre un audit de la Cour des comptes publié mercredi 29 septembre. Le soutien du ministère de la culture à deux autres secteurs, cinéma et patrimoine, a par ailleurs fait l’objet d’audits.

Dans les trois cas, la Cour salue la rapidité de l’intervention de l’Etat en faveur des acteurs brusquement privés d’activité au printemps 2020. Mais elle relève un manque de contrôles rigoureux pour s’assurer que les aides ne dépassent pas les pertes engendrées par l’épidémie de Covid-19, et qu’elles aillent aux entreprises en ayant le plus besoin.

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Manque de contrôles

Dans le cas du spectacle, les magistrats de la rue Cambon notent « un décalage entre volume de crédits ouverts et évaluation de l’efficience de la dépense ». « Le ministère de la culture n’a pas prévu d’évaluation ex post de l’allocation de ces aides, regrettent-ils. En particulier, il n’est pas possible de repérer d’éventuels effets d’aubaine ni les cas où des bénéficiaires, cumulant les différents types d’aide, auraient profité d’une surcompensation de l’impact financier de la crise. » « La liste des bénéficiaires fait apparaître une relative concentration des aides, au bénéfice des plus structurés », souligne la Cour des comptes.

Les cabarets parisiens ont été abondamment soutenus par le fonds de compensation des pertes de billetterie du Centre national de la musique : 1 million d’euros chacun pour le Crazy Horse, le Paradis latin et le Moulin-Rouge, près de 700 000 pour le Lido. C’est bien plus, par exemple, que pour Le Printemps de Bourges (500 000 euros) ou encore les plus grands théâtres.

Selon le Camulc, le Syndicat national des cabarets, music-halls et lieux de création, le chiffre d’affaires du secteur a chuté de près de 80 % en 2020, tombant à 45 millions d’euros.

Aux observations des auditeurs, la ministre Roselyne Bachelot a répondu qu’il lui semblait « prématuré » de juger son action, alors que les effets de la crise « continuent de se faire sentir ». Elle promet que son ministère « réalisera en 2022 un bilan a posteriori de ces dispositifs, pour mesurer et préciser les effets de ces soutiens ». Mme Bachelot a rappelé l’ampleur du soutien de l’Etat, « avec plus de 820 millions d’euros de crédits budgétaires déjà déployés depuis 2020 ». Et 426 millions d’euros sont prévus pour le secteur du spectacle vivant dans le cadre du plan de relance, précise-t-elle.

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Le Monde avec AFP