Akiz, Sébastien Berlendis, Delphine Diaz, Michel Pastoureau… Les brèves critiques du « Monde des livres »

Roman. « Le Chien », d’Akiz

Personne ne sait vraiment qui il est. Son ami Mo l’appelle simplement « le Chien ». On dit qu’il est orphelin, qu’il vient du Kosovo et qu’il a passé son enfance enfermé quelque part avec, pour seul lien au monde, la nourriture misérable qu’on lui donnait. Ainsi commence le premier roman de l’Allemand Achim Bornhak, plus connu sous le nom d’Akiz. Le Chien a développé un don rare : il a la « papille absolue ». On raconte qu’il peut savoir au goût si la viande provient d’un animal abattu sans douleur… Engagé dans un grand restaurant, il stupéfie tout le monde, au point que ses prodiges culinaires mettent l’univers de la grande cuisine sens dessus dessous. Akiz est connu comme réalisateur et scénariste. C’est sans doute ce qui donne à ce récit de facture classique un style visuel et suggestif qui en fait un excellent divertissement. P. Ds

« Le Chien » (Der Hund), d’Akiz, traduit de l’allemand par Brice Germain, Flammarion, 250 p., 20 €., numérique 14 €.

Récit. « Dans l’infinité des déserts », de William Atkins

A mille milles des « aventures de l’extrême » sponsorisées, le Britannique William Atkins s’est lancé pendant trois ans à travers les grands espaces arides de la planète où, l’humain étant rare, toute rencontre reste marquante, et où la splendeur minérale des vastes étendues comble le voyageur. Dans la meilleure tradition du travelwriting, son récit combine enquêtes fouillées et quête intime, avec un zeste d’autodérision. Le tout servi par une traduction d’une rare qualité. De l’Arabie au Taklamakan, en passant par le Nevada à l’occasion de l’énorme teuf néohippie annuelle de Burning Man, Atkins est aussi conduit vers les déserts les plus anxiogènes : ceux que l’homme a créés par son hubris dévastatrice et suicidaire. Le chapitre central parcourt l’« intérieur rouge » du continent australien, dans le secteur de Maralinga, d’où les habitants aborigènes furent priés de déguerpir au début des années 1950, pour laisser place à des essais nucléaires. Ce désert-là nourrissait les humains depuis des millénaires. Désormais vitrifié et hautement radioactif, il les dévore. M.-H. F.

« Dans l’infinité des déserts. Voyages aux quatre coins du monde » (The Immeasurable World), de William Atkins, traduit de l’anglais par Nathalie Cunnington, Albin Michel, 480 p., 22,90 €, numérique 16 €.

Roman. « Prière au lieu », d’Alice Babin

Dans un tendre et amusant prologue, la narratrice du premier roman d’Alice Babin se souvient de sa visite, à 6 ans, de la maison que ses parents avaient décidé d’acheter. Rien n’allait, selon l’enfant, qui vivait comme un arrachement la perspective de quitter l’appartement qu’elle avait toujours connu. Vingt ans plus tard, la narratrice, devenue architecte, a quitté depuis plusieurs années le quartier qui l’a vue grandir. Une conversation surprise entre deux inconnus lui rappelle subitement son adolescence et lui donne l’envie d’y retourner pour « ré-appartenir à la rue. Ses odeurs, ses couleurs, son calme de fin de journée ». Découverte de la nostalgie attachée aux lieux, et de l’importance d’en entretenir la mémoire, Prière au lieu est aussi un texte où les considérations sociologiques croisent discrètement les méandres d’une mémoire affective, qu’elles viennent amender mais surtout renouveler. F. By

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