« Albatros » : Xavier Beauvois filme l’échappée maritime d’un homme en quête de purification

Jérémie Renier incarne Laurent, commandant de la brigade de gendarmerie d’Etretat, dans « Albatros », de Xavier Beauvois.

L’AVIS DU « MONDE » – POURQUOI PAS

Huitième long-métrage de Xavier Beauvois, ex-écorché vif du Nord, fils spirituel d’un des plus grands critiques français en la personne de Jean Douchet, cinéaste réaliste tendance crue, retiré depuis quelques années déjà en Normandie où il œuvre (plus ou moins) bucoliquement à son œuvre, avec la complicité récente de la productrice Sylvie Pialat qui fut derrière Les Gardiennes, et se retrouve à l’envol du présent Albatros, de baudelairienne mémoire.

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On est – après la famille dans Nord (1991), les militaires dans N’oublie pas que tu vas mourir (1995), les flics dans Le Petit Lieutenant (2005), les frères dans Des hommes et des dieux (2010), les femmes dans Les Gardiennes (2017) – chez les gendarmes d’une brigade normande. Le groupe, chez Beauvois, est toujours le vivant territoire d’un idéal destiné à être mis à la redoutable épreuve de la réalité.

Ici, Laurent (Jérémie Renier), commandant de la brigade de gendarmerie d’Etretat. Bon père et compagnon (il est sur le point de se marier avec la mère de sa fille), bon gendarme (servir et défendre avec mesure et compassion), sa vie bien tracée va connaître, à un carrefour du destin, matière à soubresaut.

Maux de notre société

Parmi les affaires courantes du poste – tour d’horizon des maux de notre société, du suicide « ordinaire » du haut des falaises d’Etretat aux violences conjugales, en passant par la question, débattue entre gendarmes, des violences policières –, l’une insiste particulièrement. Elle a le visage de Julien, agriculteur en détresse, quadragénaire, forte tête, hésitant entre la colère et le désespoir face aux contraintes administratives qui le mettent à genou.

Pour Laurent, Julien est le signe par lequel se signale le destin. Sauf à trop dévoiler du film, disons simplement qu’une scène de grande violence et d’une cruelle ironie réunit plutôt qu’elle n’oppose les deux hommes, à l’issue de laquelle la vie professionnelle et privée de Laurent va se suspendre, bifurquer peut-être, se redéfinir sûrement. La forme que va prendre cette croisée des chemins ressemble à une fuite en avant.

La croisée des chemins entre Laurent, le gendarme, et Julien, l’agriculteur, ressemble à une fuite en avant

Provisions et paquetage vivement faits, Laurent abandonne tout, à commencer par sa famille, pour « emprunter » le bateau d’un ami et partir en mer, loin, sans doute le plus loin possible. On sent bien que Xavier Beauvois entend donner à cette traversée mouvementée, dont le point le plus extrême est une sévère tempête qui manque de l’emporter, une dimension de purification quasi religieuse. On sent, sur le plan esthétique, que ce point de rupture s’apparente à un moment de vérité rossellinien.

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