Alentour ou le fantasme d’une plate-forme du tourisme national

Dans son plan de sauvetage du tourisme français en mai 2020, le gouvernement avait, entre les milliards d’euros de subventions directes et les milliards d’aides à l’investissement, caché un cadeau empoisonné pour la Banque des territoires : il lui réclamait la création d’« une plate-forme de valorisation des données relatives à l’offre touristique française [visant] à renforcer la coordination, le pilotage et l’articulation des offres (…) et [qui] pourra constituer un outil de souveraineté numérique ». Quinze mois plus tard, la filiale de la Caisse des dépôts a accouché d’une plate-forme dont beaucoup, dans l’écosystème touristique français, prédisent déjà – souhaitent ? – l’échec.

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L’objet s’appelle Alentour et son ambition est plus modeste que ce que promettait le communiqué initial. Il n’est plus question de rivaliser avec les grandes agences de voyages en ligne (« online travel agencies », OTA) internationales – Booking, Airbnb ou Expedia –, ni de renouer un lien direct avec le client. Avec Alentour, la Banque des territoires s’en tient à un objectif à la fois modeste et immensément complexe : structurer, numériser et vendre les activités touristiques en France. La plate-forme ne retient ni l’hébergement, ni le transport, ni la restauration, mais bien ces activités et expériences que les Français voyageant dans leurs frontières ont plébiscitées depuis dix-huit mois.

Ce secteur est très atomisé – 120 000 à 150 000 « producteurs d’activités » en France, selon Alentour. Ses produits sont donc complexes à distribuer. Même les OTA américaines, malgré leurs budgets d’achats de mots-clés sur Google, s’y cassent les dents jusqu’à présent. Il représente un volume d’affaires substantiel – estimé à 22 milliards d’euros annuels –, dont 5 % seulement viennent de réservations en ligne. « Lorsqu’on arrive sur notre lieu de vacances, les activités ne sont pas si faciles à trouver : soit vous cherchez sur Google, soit vous allez à l’office de tourisme », note Olivier Sichel, directeur de la Banque des territoires.

Défiance locale

Ces derniers mois, M. Sichel a vu bien des sourires narquois sur les visages des professionnels. « Beaucoup de scepticisme », admet-il sans fard. Alentour arrive sur un champ de bataille. Morts au combat : France Guide, ResInFrance, Hexatourisme, Le Bon Guide, France.fr… Toutes les tentatives nationales de commercialiser l’offre touristique française ont échoué, parfois à grands frais. Pour éviter le crash, Alentour s’est adjoint l’expertise de l’ancien directeur général de la plate-forme de locations de vacances Abritel, Timothée de Roux, et d’Amadeus, géant espagnol de la distribution d’offre hôtelière et aérienne.

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