Alessandra Galloni, nouvelle rédactrice en chef d’une agence Reuters en plein malaise

La Bourse de New York, lors de l’introduction en Bourse du groupe Thomson Reuters, le 17 avril 2008.

La bonne nouvelle pour Alessandra Galloni, la nouvelle rédactrice en chef de l’agence de presse Reuters, première femme à arriver à ce poste en 170 ans d’histoire, est qu’elle bénéficie d’une excellente réputation.

« Elle est très charismatique et ses conférences de rédaction sont de très bon niveau », estime l’un des cadres de Reuters, qui la connaît bien. « C’est une Italienne, qui a commencé au service italophone de Reuters avant de gravir les échelons, elle parle aussi français, elle a une vraie perspective internationale », se félicite un journaliste. « Engageante, brillante », décrit un troisième, qui a récemment quitté l’agence et se décrit comme un ami.

La mauvaise nouvelle est que la tâche de la nouvelle patronne de l’agence de presse britannique, en poste depuis le 12 avril, s’annonce extrêmement délicate. Mme Galloni, qui n’a pas souhaité s’exprimer pour cet article, prend les rênes d’une structure où règne un grand malaise. « On va finir avec des suicides », avertit un cadre qui a trois décennies de maison. Le service de soutien psychologique croule sous les demandes d’aide.

Les journalistes dénoncent les réductions d’effectifs à répétition, une direction qui impose un management chiffré ne correspondant pas à la réalité du journalisme, et une ligne éditoriale qui semble délaisser le travail historique de l’agence. « On commence à toucher à l’os », s’inquiète un reporter.

Délocalisation du journalisme

Depuis 2010, la rédaction est passée de 3 000 à 2 500 journalistes. A Paris, les effectifs ont presque diminué de moitié, aujourd’hui ramenés à environ 80 personnes (tous services confondus). En Espagne, où il ne reste plus qu’une poignée de reporters, le rédacteur en chef couvre désormais également le Portugal.

Symbole de ces coupes, Reuters a inventé la délocalisation du journalisme. Il a ouvert des bureaux de traitement de l’information à Gdansk, en Pologne, et à Bangalore, en Inde. Des petites mains mal payées sont chargées d’effectuer un grand nombre des tâches de base de l’agence de presse. Un communiqué d’une grande entreprise de la Silicon Valley est publié ? Un journaliste indien, à 14 000 kilomètres de là, s’en charge. Il faut peaufiner techniquement une vidéo ? Un spécialiste polonais le fait.

« La stratégie a été de délocaliser le service français en Pologne, où ils ont embauché une douzaine de personnes », explique Patrick Vignal, délégué du SNJ à Paris

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