Alex Beaupain : « On trouve tout Gainsbourg dans “Love on the Beat” »

Alex Beaupain à son domicile, Paris, le 16 septembre 2021.

Avec Etienne Daho et Alain Souchon, Serge Gainsbourg est l’une des figures tutélaires d’Alex Beaupain, pianiste, auteur-compositeur-interprète, dont sept albums studio et de nombreuses musiques de film (dont Les Chansons d’amour, en 2007) ont révélé l’écriture finement mélancolique et doucement ironique, nourrie des rapports entre sentiments et sexualité. Le Bisontin de 47 ans avait depuis longtemps en tête l’idée de reprendre intégralement le seizième album de son idole, Love on the Beat. Un disque qui, en 1984, avait consacré sur un mode sexe et funk rock le triomphe de Gainsbarre après sa période reggae. Après avoir réinterprété cette œuvre lors d’un concert donné à France Inter, en février 2021, avec l’orchestre philharmonique de Radio France, Beaupain s’en est emparé en studio pour un remake aux cordes romantiques et à l’électro moite.

Vous aviez 10 ans, en 1984, lors de la sortie de « Love on the Beat ». Vous souvenez-vous l’avoir écouté à l’époque ?

J’en ai d’abord découvert six des huit titres, deux ans après, sur l’album Gainsbourg live, enregistré en 1985 au Casino de Paris. Puis le disque lui-même, en colonie de vacances. Lemon Incest me bouleversait. Charlotte Gainsbourg n’avait pas loin d’avoir mon âge et je m’identifiais aux enfants qui chantaient. Je me souviens aussi des cris de Bambou sur la chanson-titre. J’étais à la fois troublé et choqué. Par contre, je n’ai compris que plus tard que c’était Gainsbourg qui posait en femme sur la pochette. Love on the Beat m’a donné envie d’en savoir plus sur le monsieur. A 15 ans, j’ai lu la première biographie de Gilles Verlant, Gainsbourg ou le garçon sauvage (Albin Michel, 1988) et je me suis offert le coffret de l’intégrale, De Gainsbourg à Gainsbarre, pour plonger studieusement dans son œuvre.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés Dans les archives du « Monde » : Serge Gainsbourg, un mythe et des failles

Qu’est-ce qui vous a attiré chez lui ?

J’ai d’abord écouté en boucle les trois premiers albums de la période Saint-Germain, ensuite les années pop, puis Melody Nelson, qui m’a fasciné, L’Homme à la tête de chou, enfin, la période reggae où je me retrouvais moins. J’étais subjugué par la diversité des personnages et des styles par lesquels il passait tout en restant lui-même. Il y avait d’un côté la personnalité de l’auteur et, de l’autre, l’intelligence du musicien s’adaptant à l’air du temps. Autant Brel ou Brassens creusent jusqu’au bout un même sillon, autant Gainsbourg m’a fait comprendre qu’être chanteur, c’est aussi pouvoir créer une œuvre multifacette.

Vous appréciiez de la même façon le personnage de « Gainsbarre » ?

Il vous reste 68.64% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.