« Alexeï Navalny. L’homme qui défie Poutine », portrait d’un illustre inconnu

Livre. Les biographies ont leur genre : historiques ou contemporaines, autorisées ou non autorisées, selon que le sujet participe, ou non, avec l’auteur au récit de sa vie. En voici un nouveau, la biographie empêchée. Et pour cause : emprisonné, derrière les barreaux depuis le mois de janvier, Alexeï Navalny, devenu en quelques années la plus célèbre figure politique russe, après Vladimir Poutine, n’a pas le loisir de se prêter à l’exercice. Trois chercheurs, trois Européens, tous spécialistes de la vie politique russe, se sont donc attelés à retracer le parcours de cet homme jeune, né en 1976, dans un hameau de la région de Moscou, que rien, en apparence, ne prédisposait au rôle de premier opposant.

La tentative d’empoisonnement au Novitchok dont il a été la cible, en août 2020 – un puissant gaz innervant d’origine soviétique déjà utilisé dans une autre tentative retentissante d’empoisonnement, en 2018, au Royaume-Uni, contre l’ex-agent double Sergueï Skripal, et sa fille Ioulia – lui a conféré une stature internationale. De retour dans son pays, après avoir été soigné dans un hôpital de Berlin, il savait qu’il n’échapperait pas à une arrestation immédiate, dont les images ont fait le tour du monde. Mais qui est-il véritablement ?

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Tribun hors pair sur Internet, défenseur acharné de la lutte contre la corruption, Alexeï Navalny s’est beaucoup exprimé. Sur les réseaux sociaux. Exclu des médias publics russes, où, comme le chef du Kremlin, aucune télévision ne s’aventurait jusqu’à récemment à prononcer ne serait-ce que son nom, il a également accordé très peu d’interviews, préférant s’adresser en direct à son auditoire – lequel n’a cessé de grossir depuis ses débuts de modeste blogueur. Il fallait donc partir de ces bribes, et les assembler, ici, dans trois grandes parties, « le militant anticorruption », « le politique », et « le protestataire ». Faute d’accès direct à un personnage « complexe », les éléments personnels manquent toujours.

« Pour un libéralisme de type radical »

Fils d’un officier de l’Armée rouge, qui écoutait la radio-télévision publique la Voix de l’Amérique, et d’une mère comptable, Alexeï Navalny avait 15 ans lors de l’effondrement de l’URSS, sans illusion sur des idéaux déjà assimilés à un système de « faux-semblants et magouilles ». Il penche alors, écrivent les auteurs, « pour un libéralisme de type radical ». Etudiant moyen, il suit des cours de droit avant d’obtenir un second diplôme spécialisé dans les opérations sur les titres et les valeurs immobilières. A l’époque, comme tant d’autres en Russie, il se lance dans le « business ». Mais ce sont surtout les jeunes loups ayant accès à l’équipe de Boris Eltsine, premier président de Russie, qui s’enrichissent. « La génération d’Alexeï Navalny arrive trop tard pour prendre part à la fête. »

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