Algues vertes : « On ne peut faire disparaître l’azote. Chassez-le par la porte, il revient par la fenêtre »

Des ouvriers retirent les algues vertes de la plage de Saint-Michel-en-Grève (Côtes-d’Armor), le 20 juillet 2021.

L’information est passée relativement inaperçue en France, elle pourrait néanmoins y être pertinente dans le débat public. Début septembre, les autorités néerlandaises ont proposé un plan drastique pour réduire la pollution de leurs cours d’eau par les nitrates. Dans un pays aussi fortement attaché au libéralisme économique et aussi fier de son industrie agroalimentaire, le projet a de quoi surprendre par sa verticalité et son ampleur : il s’agit de réduire d’un tiers le cheptel du pays, l’un des grands producteurs européens de produits animaux. L’une des pistes pour le mettre en œuvre est le rachat par l’Etat, puis le démantèlement, de grandes exploitations intensives.

La radicalité du projet est à la mesure de l’ampleur de ce qu’aux Pays-Bas les médias qualifient parfois de « crise de l’azote » issue des effluents de l’élevage. L’azote (N), c’est cet élément chimique omniprésent qui peut prendre des formes bénignes comme le diazote (N2), mais aussi des formes problématiques pour la santé et l’environnement. Les nitrates (NO3), par exemple, polluent les eaux de surface et contribuent au phénomène dit « d’eutrophisation », à l’origine de la prolifération des algues vertes sur les littoraux.

Vertigineuse concentration d’animaux

Les Pays-Bas sont probablement l’un des pays au monde où la production animale est la plus rationalisée, la plus densifiée, la plus technologique. Dans ce petit pays de 41 500 kilomètres carrés, près de 100 millions de volailles et 11 millions de porcs sont élevés dans des bâtiments. A quoi il faut ajouter 1,5 million d’ovins et de caprins, ainsi que 3,8 millions de bovins. Jusqu’où poursuivre cette vertigineuse concentration d’animaux ? Le projet néerlandais, toujours en discussion, nous ramène à cette réalité implacable : un cheptel ne peut pas croître indéfiniment sur un territoire fini. Le pays croule sous les déjections de son bétail. Et pour faire baisser les taux de nitrates dans ses cours d’eau, les autorités néerlandaises semblent se résoudre à trancher dans les effectifs de l’un de leurs fleurons industriels.

Si la réflexion a fait son chemin aux Pays-Bas – où elle suscite d’intenses polémiques au sein des syndicats agricoles –, elle demeure très marginale dans le débat public français. En Bretagne, pourtant, les dégâts environnementaux et sanitaires de la production animale intensive n’ont pas grand-chose à envier à la « crise de l’azote » néerlandaise. La manifestation la plus commune et la plus visible de ces dégâts est connue : il s’agit des fameuses « algues vertes » qui s’amassent sur le littoral breton et qui empoisonnent, littéralement, les communes et les populations riveraines. Selon les chiffres du Centre d’étude et de valorisation des algues obtenus par ma collègue Martine Valo, l’année 2021 s’annonce comme l’une des pires jamais enregistrées.

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