Allemagne : « Si l’Europe n’a pas été évoquée durant la campagne électorale, aucun des grands défis ne pourra être relevé sans elle »

Tribune. Après une campagne électorale qui a vu les trois partis en lice pour la chancellerie (SPD, CDU, Verts) chacun varier de plus de 10 % dans les sondages, les Allemands n’ont pas vraiment choisi un changement radical. En même temps, ils se sont gardés d’accorder une nouvelle fois leur confiance aux forces en place, d’où un certain nombre de « questions non résolues », selon les mots de l’épilogue de la pièce La Bonne Ame du Se-Tchouan, de Bertolt Brecht.

En premier lieu, qui gouvernera l’Allemagne ? Dans le système parlementaire, les députés du Bundestag éliront à la majorité le chancelier. Mais la tâche ne va pas être facile avec les deux partis autour de 25 % des voix (SPD et CDU, mais personne ne veut d’une nouvelle « grande coalition ») et les trois partis autres entre 10 % et 15 %. Les partis se retrouvent face à de longs mois de négociations pour trouver un accord de coalition.

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A la différence de 2017, il doit réunir trois partis (et non plus deux). En attendant, Angela Merkel reste chargée des « affaires courantes ». Sous la barre des 25 %, le parti chrétien-démocrate, le CDU, a perdu ces élections et se retrouve avec un score historiquement bas – jamais le parti d’Adenauer et de Kohl n’avait approché un résultat aussi désastreux.

Quelles leçons peuvent être tirées de cette élection ?

Outre le rejet du candidat Armin Laschet et de la manière dont il a été désigné, ce résultat témoigne aussi de l’évolution des priorités des électeurs. Ils souhaitent que le nouveau gouvernement s’occupe avant tout de la transformation écologique. Les questions liées à la protection du climat, à l’évolution du système de production et du modèle industriel de l’Allemagne, et bien sûr au financement de cette transformation, sont prioritaires pour les Allemands.

Le CDU n’a pas été convaincant sur ces questions, et son candidat Armin Laschet en particulier, ministre-président de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, toujours le cœur de l’industrie lourde de l’Allemagne, n’a pas su proposer les pistes pour l’avenir. Cependant, devant l’inexpérience évidente d’Annalena Baerbock, la jeune candidate à la chancellerie présentée par les Verts, les électeurs n’ont pas opté pour un changement radical.

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Malgré ses bonnes prestations lors des débats télévisés et sa maîtrise des dossiers, Baerbock est restée loin de ses meilleurs résultats dans les sondages. A côté des Verts, le désir de changement a également profité aux libéraux du FDP. Cela va amener ces deux formations – Verts et FDP – à jouer un rôle décisif dans les négociations à venir, malgré leurs différences fondamentales sur les questions de politique économique et sociale, mais également sur le rôle de l’Etat dans les transformations à envisager.

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