Altice : « Patrick Drahi a choisi de traverser la Manche à un moment opportun »

Patrick Drahi, fondateur d’Altice, à Paris, en octobre 2018.

Pertes & profits. La France et l’Europe manquent cruellement de géants du numérique et des technologies de demain, mais elles restent bien pourvues en artistes de la finance. Pas besoin d’être un génie visionnaire, juste de sentir les bonnes affaires avant les autres et de gérer avec audace un portefeuille par nature très foisonnant. Le milliardaire Vincent Bolloré est le plus célèbre de ces acrobates, toujours sur le fil, avec mille idées en tête et un opportunisme qui lui permettent de mettre en œuvre celles qui conviennent à l’instant présent, en jouant de l’effet de surprise.

C’est aussi le cas de Patrick Drahi, le fondateur d’Altice, propriétaire, en France, de SFR. Mais à la différence de l’homme d’affaire breton, très éclectique dans ses investissements, lui, en bon ingénieur télécom, n’aime qu’un seul objet : le câble. Même s’il est présent dans les médias, avec notamment BFM en France, le cœur de son empire tourne autour de ces bobines de cuivre ou de fibre optique que l’on enterre à grands frais pour fournir la télévision et Internet à des millions de foyers. Il est présent en France, au Portugal, en Israël, aux Etats-Unis. Et, à la stupéfaction générale, il a annoncé, jeudi 10 juin, son entrée dans le capital de BT, l’ex-British Telecom et premier opérateur téléphonique du Royaume-Uni.

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Moyennant un investissement estimé à près de 2,5 milliards d’euros pour 12 % du capital, il est devenu, d’un coup, le premier actionnaire de l’ancienne compagnie nationale du Royaume-Uni, à parité avec son homologue allemand, Deutsche Telekom.

Un potentiel prometteur

A l’heure du Brexit, Patrick Drahi, qui comme tous les financiers connaît Londres comme sa poche, a choisi de traverser la Manche. Le moment est opportun. BT s’est lancé dans un vaste plan de câblage en fibre optique du territoire pour apporter l’Internet haut débit au maximum de foyers britanniques. Avec seulement 15 % de la population câblée, le Royaume-Uni est très en retard, en comparaison avec les autres pays d’Europe, comme la France (73 %), ou le Portugal, que la filiale d’Altice a fibré à plus de 80 %.

Le potentiel est d’autant plus prometteur que Boris Johnson a promis de combler ce retard en accordant plus de 5 milliards d’euros de subventions. BT est engagé dans un vaste et coûteux programme d’équipement et cherche des alliés pour le soutenir. Patrick Drahi offre son expertise internationale, mais BT a surtout besoin d’aide financière.

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Dans ce domaine, le patron franco-israélien maîtrise l’art de la dette et de sa restructuration en tous genres. Celle d’Altice Europe dépasse les 28 milliards d’euros, ce qui ne l’a pas empêché de dépenser 3 milliards d’euros de sa poche pour retirer l’entreprise de la Bourse, en janvier. Bien sûr, ses entreprises sont juridiquement séparées, entre ses branches européenne, israélienne, américaine et britannique, mais elles sont toutes sa propriété. Aussi, pour lui, comme pour tous les acrobates de la finance, la vie des affaires fonctionne comme la bicyclette, elle ne trouve sa stabilité que dans le mouvement. Gare aux accidents de parcours.