Amazon : Jeff Bezos laisse un groupe aussi puissant que critiqué

Jeff Bezos, à Washington, le 22 octobre 2019.

Une page se tourne pour Jeff Bezos et… pour Amazon. Le fondateur du conglomérat leader de l’e-commerce cède, lundi 5 juillet, le poste de PDG qu’il occupait depuis le 5 juillet 1994. Il reste président du conseil d’administration, mais passe les rênes à un fidèle lieutenant, Andy Jassy, 53 ans, connu pour avoir dirigé sa lucrative activité d’hébergement de données et de services en ligne dans le cloud. Au moment de cette prise de recul bien orchestrée, Jeff Bezos laisse une entreprise plus puissante et diversifiée, mais aussi plus scrutée, que jamais.

En 2020, la pandémie de Covid-19 n’a pas freiné Amazon. Son chiffre d’affaires a bondi de 38 %, à 386 milliards de dollars (325 milliards d’euros), et son bénéfice a presque doublé, à 21,3 milliards. Au chapitre des records, l’entreprise est valorisée 1 770 milliards de dollars. Avec 1,3 million d’employés, elle est en passe de devenir le premier employeur privé du monde, après avoir recruté 500 000 personnes en 2020, soit 1 369 par jour.

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Ces chiffres vertigineux nourrissent aussi l’idée qu’Amazon est trop puissant. Champion incontesté de la vente à domicile, l’entreprise a fait des percées dans d’autres territoires. Ces dernières semaines, elle a frappé les esprits en rachetant le studio hollywoodien MGM, puis en mettant la main sur le championnat de football français de Ligue 1. Ces deux surprises ont transformé l’image de Prime Video. Son service n’est plus seulement vu comme un avantage supplémentaire pour les 200 millions d’abonnés de son programme de fidélité Prime : c’est une vraie menace pour un Netflix ou un Canal+.

Chiffre d’affaires et polémiques

Dans l’e-commerce, Amazon reste solide leader (40 % de part de marché aux Etats-Unis, selon eMarketer, et 22 % en France, selon Kantar). L’entreprise devra toutefois affronter la concurrence renforcée des acteurs de la grande distribution, comme Walmart, ou des marques vendant en direct, comme Nike. Amazon est lancé dans une expansion de son réseau d’entrepôts logistiques, ce qui suscite des résistances locales. En parallèle, le groupe s’est lui-même lancé dans le commerce physique, avec Whole Foods ou avec ses magasins sans agents de caisse. Dans ce domaine, comme pour la robotisation en cours de ses entrepôts, Amazon a développé sa propre technologie et espère la commercialiser, ce qui augure de perspectives de chiffre d’affaires… mais aussi de polémiques.

Dans le cloud, Amazon est aussi largement leader, mais devra résister aux assauts des challengeurs Microsoft et Google. L’enjeu est important : cette activité représente 59 % de son résultat d’exploitation, pour « seulement » 45 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Le secteur, déjà énorme, est promis à une explosion. Ses nouvelles frontières sont l’espace, avec les constellations de satellites, ou les télécommunications, avec la 5G et l’Internet des objets.

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