Amber Capital, agitateur poli du capitalisme européen

Joseph Oughourlian, fondateur du fonds Amber Capital, au Touquet (Pas-de-Calais), le 15 juillet.

Et si 2021 était l’année de la reconnaissance pour les fonds activistes en France ? En mars, le conseil d’administration de Danone a évincé le PDG Emmanuel Faber, cible des critiques du modeste fonds britannique Bluebell. En avril, Vinci a soumis au vote, en assemblée générale, deux résolutions sur le climat à la demande du britannique TCI. Quant à Amber Capital, Vivendi a annoncé, le 15 septembre, qu’il allait lui racheter sa participation de 18 % au capital de Lagardère.

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Cette cession vient clore le combat actionnarial le plus épique de la décennie. « Quand nous sommes arrivés, nous avons été bien accueillis, mais ensuite, la situation s’est tendue. Nous avons dû rendre coup pour coup », relate Joseph Oughourlian, transfuge de la Société générale qui a fondé la société de gestion à Londres, en 2005. « Jamais, sur aucun dossier, nous n’avons eu à faire face à une telle violence. » Le jeu en valait-il la chandelle ? « Nous sommes satisfaits du retour sur investissement et nos investisseurs aussi », souligne Olivier Fortesa, associé du fonds opérant en France, en Espagne et en Italie. Avec M. Oughourlian et Camilio Azzouz, ils assurent prendre toutes les décisions ensemble. Et de poursuivre : « Surtout, nous pensons sincèrement que nous laissons un groupe en bien meilleur état que lorsque nous sommes entrés au capital, en 2016. »

Si Amber gère directement environ 1 milliard d’euros, le financier peut intervenir en co-investissement avec ses apporteurs de capitaux pour peser au tour de table : il l’a fait chez Lagardère ou encore chez Prisa, le groupe de média espagnol (actionnaire minoritaire du Monde), dont il détient 29,9 %. Devenu, en décembre 2020, président de Prisa, Joseph Oughourlian avoue d’ailleurs que ce rôle lui « prend beaucoup de temps ». « J’ai la conviction que je peux apporter quelque chose à Prisa, notamment sur la capacité à changer les hommes et donner un sens à cette société qui s’est perdue au gré des restructurations financières constantes des treize dernières années. Nous avons renouvelé le management et la moitié du conseil d’administration. »

« Il faut remettre la rentabilité dans l’équation »

Avec une dizaine de tickets au capital de groupes tricolores, Amber apparaît comme l’un des activistes les plus impliqués à Paris. Même si cette étiquette déplaît aux intéressés. « Nous cherchons une approche constructive pour créer de la valeur pour la société, les salariés et, par voie de conséquence, les actionnaires », indique Camilio Azzouz. « La plupart du temps, nos positions sont sous le premier seuil de déclaration de l’AMF [l’Autorité des marchés financiers], donc non publiques, et nous travaillons en parfaite intelligence avec les dirigeants des sociétés », insiste Olivier Fortesa.

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