Amélie Nothomb reçoit le prix Renaudot pour son roman « Premier sang »

Amélie Nothomb, le 20 janvier 2019.

Le prix Renaudot a été attribué à Premier sang, d’Amélie Nothomb (Albin Michel), mercredi 3 novembre. Après une édition 2020 (qui avait récompensé Marie-Hélène Lafon pour Histoire du fils, paru chez Buchet-Chastel) par visioconférence, c’est à nouveau depuis le restaurant Drouant, dans le deuxième arrondissement de Paris, que le jury a annoncé la nouvelle.

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C’était donc au tour d’Amélie Nothomb d’être célébrée, elle qui a fait de la littérature un désir de joie partagée, un art de l’hospitalité. Non seulement parce qu’elle entretient avec ses lecteurs un lien solide, nourri par des rencontres ferventes et une correspondance quotidienne. Mais aussi parce qu’on entre dans ses livres comme les hôtes sont accueillis à l’une de ces réceptions et autres garden-parties qui peuplent son œuvre. Du reste, Premier sang s’inscrit dans cette joyeuse continuité. « Ma mère s’était lancée dans les mondanités. (…) Le matin, elle se réveillait en pensant : “Que vais-je porter ce soir ?” », peut-on lire dès les premières pages de ce texte qui aurait pu s’intituler Autobiographie de mon père, si le titre n’avait pas déjà été pris par le regretté Pierre Pachet (Belin, 1987).

Sensibilité magique

Dans ce roman en forme de conte, en effet, l’écrivaine fait parler son père, Patrick Nothomb, à la première personne. Page après page, elle redonne voix à ce diplomate, mort en mars 2020, afin qu’il retrace son propre destin, depuis son enfance dans un milieu aristocratique jusqu’à la naissance de sa fille, en passant par la terrible prise d’otages où il a failli mourir, au Congo, en 1964. Avec la sensibilité magique et l’humour délicat qui la distinguent, Amélie Nothomb est ici fidèle à son style, à cette quête de clarté qui est tout sauf une facilité, puisqu’elle est indissociable d’une certaine éthique de l’écriture, comme elle le disait à propos du sinologue Simon Leys lors de son discours de réception à l’Académie royale de Belgique : « Chez Leys, notait-elle, cette clarté relevait d’une très haute exigence morale : à ses yeux, un écrivain pas clair n’était pas seulement un mauvais écrivain, mais une mauvaise personne. »

Sous la plume de Nothomb, comme le prouve une fois de plus Premier sang, cette morale du langage ne fait qu’un avec le plaisir du texte, le désir de partager la beauté : « Mon travail à moi est une défense et une illustration de la beauté. Je dois sans cesse convaincre mes lecteurs qu’elle n’est pas synonyme de superficialité… », résumait-elle dans les colonnes du Monde des Livres en 2016. Cela passe par une fidélité au langage de l’enfance, à sa lucidité enjouée, et aussi, une fois de plus, par une passion de la littérature qui se confond, chez Amélie Nothomb aujourd’hui comme hier chez son père, par un amour de la fête : « Toi, tu n’aurais pas supporté. Tu as toujours aimé l’extérieur, les fêtes, les rencontres. Tu as toujours aimé les autres. Ils te le rendent bien », écrivait-elle dans une lettre adressée à son père, mort au premier jour du premier confinement.