« American Nightmare 5 : sans limites », le film de terreur en machine à penser

Ana de la Reguera dans « American Nightmare 5 : sans limites », d’Everardo Gout.

L’AVIS DU« MONDE » – À NE PAS MANQUER

Comme son titre l’indique, American Nightmare 5 : sans limites est le cinquième volet d’une franchise créée en 2013 par le scénariste et réalisateur James De Monaco. Cette série cinématographique, une des plus passionnantes du moment, réussissait non seulement à maintenir son postulat de base, mais aussi à l’enrichir à chaque épisode d’une dimension supplémentaire, comme si le principe même sur lequel s’était construite la saga était susceptible de mettre à nu et de décortiquer sans fin mythologies archaïques et angoisses contemporaines. Le film de terreur devient une machine à penser tout autant qu’un divertissement particulièrement captivant.

Le système politique, le racisme, la lutte des classes, la légitimité de la vengeance, la violence économique ont été des moteurs scénaristiques des volets de la série. American Nightmare puise aux sources de l’histoire des Etats-Unis, de sa vision idéologique et de sa construction légendaire pour proposer une spéculation nourrie tout à la fois de progressisme (dans le discours explicite) et de nihilisme (dans l’exploitation un brin sadique de la violence). C’est l’alchimie indépassable du cinéma horrifique hollywoodien d’aujourd’hui.

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Réalisé par le Mexicain Everardo Gout, mais toujours d’après un scénario de James De Monaco, American Nightmare 5 : sans limites reprend la situation de base de la série. Dans ce que l’on imagine être un futur proche, tous les ans, durant une nuit (la Purge), les crimes et délits sont autorisés. Ce qui déclenche une flambée d’assassinats, de viols et de lynchages. Cette violence débridée fait fonction, pour les dirigeants politiques des Etats-Unis, de purge sociale. C’est une manière, indispensable à une pacification des rapports sociaux, d’évacuer un trop-plein d’énergie et de brutalité frustrée.

Carnaval sanglant

Le récit se déplace ici au Texas et les protagonistes principaux sont des immigrants mexicains, spécimens d’une main-d’œuvre bon marché, et un couple de propriétaires d’un ranch qui les emploie. Ils deviendront tous la cible de fanatiques de la Purge et seront menacés par une haine qui cherche à se rassasier dans le meurtre et la chasse à l’homme. Le déferlement de violence donnera à chacun l’occasion de prouver sa valeur et de dépasser, pour les personnages principaux, les préjugés raciaux. L’angle choisi est, de façon un peu évidente, celui de la dénonciation du racisme. Le film s’amuse, en effet, à opérer une inversion dialectique, facile mais ironiquement didactique, montrant divers Américains « de souche » cherchant à fuir la violence en pénétrant, par tous les moyens, au Mexique, qui hésite à leur ouvrir ses frontières. Le scénario enchaîne avec une réelle habileté les péripéties. Apre, réaliste, perturbant, American Nightmare 5 : sans limites se construit progressivement sur des scènes d’action et de suspense traitées avec une réelle maîtrise.

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