« Amor Roma, les années Dolce Vita », sur Public Sénat : le cinéma italien entre euphorie et nostalgie

Marcello Mastroianni et Anita Ekberg  dans « La Dolce Vita » (1960), de Federico Fellini.

PUBLIC SÉNAT – SAMEDI 4 SEPTEMBRE À 18 H 00 – DOCUMENTAIRE

Un format carré, des couleurs tirant sur le sépia, des images frémissantes. Rien de plus efficace que des imperfections techniques pour dater un film. « Il est 5 heures, Rome s’éveille et les noctambules vont se coucher », parodie Dutronc en voix off Michaël Delmar, coréalisateur d’Amor Roma, les années Dolce Vita, avec Sophie Agacinski (également au commentaire) et Mei Chen Chalais, veuve du chroniqueur de cinéma François Chalais, mort en 1996 – voix inoubliable pour ceux qui l’ont entendue au moins une fois.

Des reprises d’entretiens de grandes stars, mêlées à quelques extraits d’archives, à de nombreuses « unes » de magazines people et à des interviews d’acteurs ou de témoins directs de l’époque… Le documentaire, à la structure classique, est lui aussi daté (de 2008).

Une ancienneté qui n’a pas que des inconvénients. Elle permet de parcourir la Ville éternelle au temps de sa gloire cinématographique, dans les coulisses de Cinecitta, la « cité du cinéma » voulue par Mussolini en 1937 devenue le panthéon des films d’après-guerre ; d’y croiser Marcello Mastroianni en 1960, année de sortie de La Dolce Vita, chronique de la vie mondaine romaine, qui donne son nom au documentaire, et son réalisateur Federico Fellini (1920-1993). Puis de le retrouver en 1992, quand l’acteur affirme avoir alors vécu les « six mois les plus beaux de [s]a vie ».

Machisme et mains baladeuses

Gina Lollobrigida, Sophia Loren, Elsa Martinelli, Yvonne Scio… Les stars ne manquent pas à l’appel. Pas plus que « les blondes Jayne Mansfield, Martine Carole, Marina Vlady », poursuit le commentaire. La Française Mylène Demongeot raconte comment, lors du tournage de La Bataille de Marathon (La Battaglia di Maratona), un film de 1959 en pleine mode du péplum, elle glissait des bras enduits de « baby oil » de Steve Reeves, ex-Monsieur Univers. Catherine Spaak, encore adolescente à ses débuts, n’hésite pas à évoquer (en 2008 pour rappel) le machisme et les mains baladeuses des Ugo Tognazzi ou Vittorio Gassman, icônes masculines de la comédie « à l’italienne » des années 1950 et 1960.

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Le téléspectateur pourra être gêné par ce penchant récurrent à l’énumération (on ne parle pas encore de name dropping) tout au long du film. Et préférera concentrer son attention sur certaines rencontres. Comme celle avec Benno Graziani, photographe et grand reporter, intime des Kennedy, des Agnelli. Envoyé spécial de Paris Match à Rome, il fut contacté par Federico Fellini qui souhaitait réaliser un film sur sa vie, qu’il imaginait trépidante. Ce qui a donné La Dolce Vita. Et a fait de Fellini l’inventeur des paparazzis, pluriel du nom du personnage de photographe du film, Coriolano Paparazzo (« moustique bruyant »), avide de clichés sensationnels. « Après dix années de reconstruction, l’Italie voulait s’amuser », explique le photographe.

Amor Roma, les années Dolce Vita, documentaire de Mei Chen Chalais, Sophie Agacinski et Michaël Delmar (Fr., 2008, 54 min). Disponible en ligne sur Public Sénat.