Amour, travail et gel hydroalcoolique : comment le coronavirus a colonisé notre vie quotidienne

Le gel hydroalcoolique s'invite à table, entre le ketchup et l’eau minérale.

Quelque chose a changé à la rentrée. Il y a quelques mois, quand on quittait la maison, on passait par trois pièces, trois sacs, trois poches de vestes. « Ils sont où les masques ? » Aujourd’hui, dans tous les foyers, la boîte de masques a sa place à elle, au même titre que le rouleau de Sopalin. Souvent dans l’entrée, sur le meuble sur lequel on jette les clés et le courrier. On en a laissé une autre dans la voiture comme on y gardait déjà un jeton de chariot de supermarché.

La nouvelle vie normale s’est installée sans même qu’on s’en rende vraiment compte. Quand des parents d’école primaire ont vu inscrit sur la liste des fournitures scolaires « une boîte de 50 masques », aucun ne s’est demandé « des masques de quoi ? ». Au supermarché, un enfant tire sur la manche de sa mère : « Maman, y a la dame du labo là-bas ! » On lui fait un petit signe. A force de se faire tester, on la reconnaît aussi vite que la boulangère.

Quand on plonge la main dans sa poche, on ne sait pas si le truc qu’on touche là, c’est un vieux masque ou un mouchoir usagé. L’hygiène des masques qu’on attrapait l’an dernier avec deux doigts, comme expliqué par les blouses blanches à la télé, laisse de plus en plus à désirer. « Celui-là, il est blanc-blanc, gris blanc ou gris-gris ? », se demande Damien, père de trois enfants, quand il en attrape un le matin. « Il y a des masques tellement sales qu’on ne voudrait pas les porter en slips », me disait un ami.

Retour éphémère de la bise

En un an de gestes barrières, on a trouvé une place à ces objets issus du monde médical, on en a désacralisé l’hygiène. On a même fini par leur trouver des avantages. « Ils se diront que je ne les ai pas reconnus », pense désormais Stéphanie quand elle ignore dans la rue des gens qu’elle veut esquiver. Justement, à propos des rencontres, le camp historique des anti-bises qui croyaient que le Covid-19 les avait débarrassés à jamais de cette pratique, s’était réjoui un peu trop vite. La bise est revenue avec les premiers vaccinés, qui, à défaut de pouvoir brandir des billets d’avion, avaient là de quoi afficher les avantages de l’injection. Certains sont néanmoins revenus en arrière dès l’apparition du variant Delta.

Dans cette confusion, « au boulot, quand on se croise, l’arrivée de l’un coude en avant face à l’autre brandissant le poing en avant donne l’impression d’interminables parties de pierre-feuille-ciseau », observe Ronan, chef d’entreprise à Brest. La nouveauté de la rentrée, ce n’est plus la façon de saluer – les checks de bonjour sont depuis longtemps passés des cours de lycée aux clubs Rotary – mais de ne plus se croire obligé de perdre un quart d’heure à justifier son choix.

Il vous reste 72.16% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.