André-Hubert Roussel : « L’Europe doit investir massivement dans l’espace »

André-Hubert Roussel, mercredi 20 octobre, au siège d’ArianeGroup à Paris.

A l’occasion du 72e Congrès international d’astronautique, qui se tient à Dubaï du 25 au 29 octobre, les Européens présentent leurs ambitions dans l’exploration spatiale. Le futur lanceur Ariane-6 attendu en 2022 sera indispensable pour mener ces projets. Malgré les difficultés rencontrées, le président exécutif d’ArianeGroup, André-Hubert Roussel, revient sur l’importance stratégique de cette fusée « pour garantir la souveraineté européenne »

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Elon Musk avec SpaceX, ses vols low cost et ses fusées réutilisables chamboule le marché, obligeant ArianeGroup à s’adapter en permanence. Cet été Français et Allemands sont parvenus à un accord, est-ce qu’Ariane-6 est sauvée ?

Pour commencer, Ariane-6 est un lanceur exceptionnel, qui est en bonne voie et n’a pas besoin d’être sauvé. Mais, entre le moment où nous avons lancé Ariane-6 en 2014 et aujourd’hui, l’environnement spatial a profondément changé. Tout d’abord, nous assistons à une multiplication des acteurs pouvant aller dans l’espace, passant de quelques grands institutionnels à des groupes privés comme SpaceX qui se dote de sa propre constellation de satellites. En même temps, les usages se sont multipliés et le transport spatial devient une réalité. Cet été, l’Europe, par l’intermédiaire de l’Agence spatiale européenne (ESA) a renouvelé sa confiance dans Ariane-6 et surtout a rappelé son besoin d’avoir son propre accès à l’espace. L’accord entre la France et l’Allemagne, qui sont les deux plus grands contributeurs du programme Ariane-6 [56 % Paris et 22 % Berlin], permet de se battre à armes un peu plus égales sur le marché commercial, et aussi à l’industrie européenne de maintenir des cadences relativement élevées.

Quelles en sont les modalités ?

Les Européens vont faire comme les Américains. Quand SpaceX s’adresse à la NASA ou au département de la défense, il facture les lancements de 200 à 300 millions de dollars (172 à 258 millions d’euros). Cela lui permet de faire chuter les prix sur le marché commercial en proposant sa Falcon 9 à 50 millions de dollars, soit près de moitié moins cher qu’Ariane-5. Pour faire face à cette distorsion de marché, l’Europe s’est engagée à garantir à son industrie quatre missions et un mécanisme assurant une cadence minimale de production. Cela permettra d’être à l’équilibre à partir de sept Ariane-6 par an. Les trois autres lanceurs seront proposés sur le marché commercial, sachant que nous pourrons fabriquer jusqu’à douze fusées par an selon les besoins.

Avant cet accord, les tensions ont été vives entre Paris et Berlin, les Allemands affirmant vouloir développer seuls une industrie de microlanceurs. Qu’en est-il aujourd’hui ?

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