Andrée et Louis Chedid, un couple mythique et surprenant qui a fondé une dynastie d’artistes

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Publié aujourd’hui à 00h43, mis à jour à 21h02

Andrée Chedid n’a jamais aimé fêter son anniversaire. En tout cas pas le jour J. Quand arrive le 20 mars, elle adopte « des comportements très particuliers », explique son mari dans ses Mémoires vagabondes (éd. Anne Carrière, 2004). Plutôt qu’un cadeau, elle préfère une enveloppe, et s’offrir elle-même un petit plaisir. En 1970, pour les 50 ans de son épouse, Louis Selim prend garde à ce que le montant du chèque qu’il lui tend soit « à la hauteur de son demi-siècle de vie ». Une semaine a passé quand la femme de lettres lui fait part de son choix : « Tu ne peux pas savoir quel beau cadeau tu m’as fait ! Un cadeau dont je rêvais depuis longtemps : une concession au cimetière Montparnasse. »

L’idée, poursuit-elle, lui est venue chez le coiffeur : « Je prends un journal… Mes yeux tombent sur la petite annonce Je cours avec mes bigoudis cachés sous une écharpe… Une concession largement suffisante… à quatre places… près de l’allée des Poètes Quel bonheur… Tous les deux à Montparnasse… Tu verras… » Ce que Louis Selim – « le grand conteur de la famille », selon ses petits-enfants – élude en relatant cette anecdote, c’est que, depuis l’année précédente, il ne vit plus avec Andrée.

Mariage d’Andrée et Louis Selim Chedid au Caire, en Egypte, le 23 août 1942.

Elle « n’appréciait pas mes talents de débatteur et me soupçonnait de me prendre pour Socrate, me reprochant d’être trop critique et parfois même “méchant” », écrit-il dans ses Mémoires. Fatiguée par cette relation devenue trop tumultueuse, Andrée a fini par partir. Une usure qu’elle raconte un jour à son mari en lui écrivant un poème, au dos d’une carte postale : « Les tragiques amours de la Mangue ». La mangue, c’est elle, lui étant campé en chat-huant.

« Je n’ai pas de langue ! »/S’affole la Mangue/Devant le Chat-Huant/Son agile soupirant/Qui, de discours en arguments,/La provoque et la harangue./Et la Mangue/Sur sa branche tangue,/Tangue au bord de l’épuisement./« Comprends, comprends, ô Chat-Huant/Que ma parole est en dedans. » Des vers qui résonnent avec le conseil que la psychanalyste Françoise Dolto, une amie de la famille Chedid, a donné à Louis Selim un jour où il s’ouvrait de leurs difficultés conjugales : « Souvent, en croyant faire du bien, on fait du mal. Faites attention avec Andrée. Vous croyez devoir la réveiller, mais vous vous trompez. Elle ne dort pas. Elle rêve. Il ne faut pas interrompre les rêves. »

« Les gens du Caire, tu sais… »

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