Andropause : des hommes lèvent le voile sur un tabou

Le jeune homme, abdominaux sculptés et pectoraux saillants, sourit vers l’horizon, la vingtaine fière. Mathiasles hommes interrogés ont souhaité conserver l’anonymat observe le cliché en noir et blanc dans son salon montreuillois, en désignant le léger renflement qui tend désormais son tee-shirt et les sillons sur son visage.

« C’est plus ce que c’était », préfère plaisanter l’ancien acrobate, 46 ans aujourd’hui, informaticien et père de trois garçons. Ces « affres du temps » et leurs « désagréments » ne l’auraient pas tellement troublé si sa compagne ne lui avait confié, voilà un an, sa crainte de ne plus le sentir désirant, cachant peut-être une attirance pour d’autres, plus jeunes ? Mathias n’aime pourtant qu’elle. Mais ne désire plus tout court…

La bascule fut plus abrupte pour Laurent : un matin, son corps a lâché : « burn-out de tout », dit le quinquagénaire, formateur dans le Gard. Peut-être surtout des injonctions à la performance pesant sur ses épaules d’homme. « Etre un bon salarié, un bon amant, un bon père, un bon fils, avoir un bon niveau social. Un homme fort, un vrai, qui assure sans jamais faillir », égrène-t-il. Quand soudain : « dépression, plus capable de rien et sexuellement le néant ».

A 67 ans, François, médecin généraliste, évoque lui un « glissement » renvoyé en miroir par les patients de son âge : « coup de vieux », spleen, embonpoint, perte musculaire, osseuse, de pilosité, nuits agitées, sueurs, bouffées de chaleur, problèmes de prostate… Ces femmes « qui ne vous regardent plus », ces fils « qui vous distancent à vélo ». Et ce « ça ne fonctionne plus en bas », balbutié tête basse, pour ne pas prononcer le mot qui entaille la virilité : « impuissance ». « On ne se sent plus l’homme qu’on était, limité, l’impression d’entrer dans l’antichambre de la vieillesse », poursuit Eric, 69 ans, divorcé et fonctionnaire retraité en Bretagne. « Une chandelle s’éteignant », complète Jean-Pierre, 76 ans, ancien proviseur en banlieue.

Lire aussi l’analyse : Couvrez cette impuissance que l’on ne saurait voir : l’andropause, un phénomène invisibilisé

Déficit androgénique

Ce ne sont que cinq hommes parmi tant d’autres partageant ce même bouleversement hormonal si souvent tu. Ils parleront de « crise de la cinquantaine », d’« âge critique », de « retour d’âge ». Moins d’andropause, ce terme dont peu sont coutumiers avant d’y être confrontés.

Mathias l’a découvert en cherchant sur Internet s’il existait « un équivalent de la ménopause pour les hommes ». Désemparé, Jean-Pierre n’en aurait peut-être pas entendu parler s’il n’était tombé, dans une revue de sa mutuelle, sur cet article « providentiel » signé par son futur andrologue : « pour la première fois, je me sentais compris en tant qu’homme ». Il réalisait avoir, lui aussi, des hormones, qui pouvaient être fluctuantes.

Il vous reste 75.05% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.