« Angela Merkel n’a jamais été très intéressée par le débat géostratégique » : l’Allemagne, puissance réticente sur la scène internationale

Par Thomas Wieder

Publié aujourd’hui à 08h00, mis à jour à 10h23

Berlin, vendredi 17 septembre. Après un entretien d’une heure avec quelques-uns des cinq cents soldats ayant participé à l’opération d’évacuation de la Bundeswehr à l’aéroport de Kaboul, le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, remet la croix de l’ordre du Mérite à l’homme qui a commandé la mission, le général de brigade Jens Arlt.

Dans son discours, le chef de l’Etat commence par le féliciter pour la « réussite » de cette opération « extraordinairement dangereuse » qui a permis de « mettre en sécurité » 5 300 personnes. Puis il formule une hypothèse : « Peut-être que la société allemande, depuis cette évacuation, regarde autrement la Bundeswehr. » C’est, en tout cas, ce qu’il espère, même si, reconnaît-il, cela n’a rien d’évident. « Le combat, la bravoure, les blessures, les traumatismes, la mort, la guerre, des soldats allemands qui combattent à l’étranger, voilà des choses que nous refoulons volontiers. Nous en parlons peu et généralement de façon critique. (…) Ce silence nourrit une incompréhension mutuelle entre le soldat et la société, qui s’est accentuée ces dernières années. »

La chute du discours est encore plus sombre. Car Frank-Walter Steinmeier le reconnaît : la fin précipitée de vingt ans d’intervention en Afghanistan soulève des « questions douloureuses ». A commencer par celle-ci : « Quelles leçons tirerons-nous de cette expérience amère s’agissant de nos opérations extérieures ? (…) La chute de Kaboul est une tragédie dont nous sommes coresponsables. Ces semaines marquent une césure politique qui doit nous obliger à faire notre autocritique et à redéfinir notre rôle et notre responsabilité envers le monde. (…) Cela ne se fera pas en un jour, mais c’est une tâche qui incombera au prochain gouvernement et au prochain Bundestag », conclut le chef de l’Etat.

Discrétion

Des leçons seront-elles effectivement tirées ? Une chose est, en tout cas, certaine : intervenue un mois avant les élections législatives du 26 septembre, la déroute afghane aurait pu être l’occasion d’ouvrir un débat sur la place de l’Allemagne dans le monde. Or, il n’en a rien été. Lors des trois débats télévisés qui ont opposé les candidats à la chancellerie, Annalena Baerbock (Verts), Armin Laschet (CDU) et Olaf Scholz (SPD), quatre heures trente d’échanges au total, la politique étrangère n’a occupé qu’une petite quinzaine de minutes. Dans leurs meetings, les trois candidats à la succession d’Angela Merkel n’ont pas été plus diserts.

Pourquoi une telle discrétion ? « Les trois grands partis de gouvernement, la CDU-CSU, le SPD et les Verts, n’ont pas de désaccords fondamentaux sur les questions de politique étrangère. Il n’y a donc pas vraiment matière à un débat palpitant. A cela s’ajoute le fait que les deux candidats qui ont le plus de chances de gagner, Olaf Scholz et Armin Laschet, n’ont pas de vraie vision géostratégique », explique Ulrich Speck, chercheur au bureau berlinois du German Marshall Fund, un think tank américain consacré au renforcement des liens transatlantiques.

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