« Anna », sur Arte.tv : l’odyssée cathartique d’une adolescente dans une Sicile postapocalyptique

Anna (Giulia Dragotto).

ARTE.TV – À LA DEMANDE – MINI-SÉRIE

Etonnant choix que celui d’Hagai Levi, et de l’ensemble du jury du festival Séries Mania, que de ne pas avoir récompensé Anna, la mini-série écrite et réalisée par Niccolo Ammaniti qui y était présentée cette année. Parée de l’aura d’Il Miracolo, première œuvre télévisuelle d’Ammaniti sortie en 2019, elle était pourtant l’une des productions les plus attendues à Lille.

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D’abord parce que son point de départ l’inscrit au cœur d’une actualité dont on a peine à croire qu’Ammaniti ait pu la pressentir à ce point. Adaptation du roman éponyme de son créateur (paru chez Grasset en 2016), Anna dépeint un monde dont les adultes, terrassés par un mal mystérieux (« la Rouge »), ont disparu en quelques mois.

Si le tournage d’Anna a débuté au moment même où l’épidémie de Covid-19 commençait à paralyser l’Europe – et en premier lieu l’Italie –, le téléspectateur est prévenu dès les premières images : il s’agit évidemment d’une pure coïncidence. D’ailleurs, Anna s’intéresse moins à la maladie qu’au réagencement du monde qu’elle entraîne dans son sillage, tout comme Il Miracolo s’intéressait moins aux larmes de sang d’une statue de la Vierge qu’aux effets de ce « miracle » sur les pauvres mortels qui en étaient témoins.

Regard sans mièvrerie

Ammaniti filme pour ce faire les derniers sursauts de l’espèce humaine à hauteur d’enfant, dans un coin de Sicile coupé du monde et livré à la sauvagerie de hordes d’enfants réorganisés en sociétés miniatures, avec ses hiérarchies arbitraires et ses rituels sadiques. Orpheline comme les autres, la jeune Anna (Giulia Dragotto, époustouflante) vit recluse avec son petit frère dans la maison familiale à l’abandon, jusqu’à ce qu’il soit kidnappé pour être détenu dans le palais d’Angelica, leader charismatique d’un groupe d’enfants et d’adolescents réunis autour d’elle pour conjurer l’angoisse de la mort.

Une des belles surprises que réserve Anna est son regard pur et sans mièvrerie sur l’enfance, thème autour duquel l’œuvre d’Ammaniti tourne souvent. Loin des figures fragiles et névrosées de l’ado moderne tel qu’il est campé à peu près partout ailleurs, l’écrivain et réalisateur italien propulse ses personnages dans un espace-temps où grandir équivaut à mourir, et où l’urgence de vivre conduit, quelque part, à un bouillonnement proche de la folie. A contre-courant des peintures récurrentes de l’apocalypse – psychologisantes parfois, politiques souvent –, cette fureur donne à la série une vitalité qui adoucit, sans l’édulcorer, son propos.

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