Annie Ernaux : « Pour moi, cinéma et littérature ne sont pas étanches »

Annie Ernaux, à Cergy-Pontoise (Val-d’Oise), en mai 2021.

Annie Ernaux, 81 ans et un demi-siècle de carrière littéraire, n’avait quasiment jamais été adaptée au cinéma, hormis par Pierre Trividic et Patrick Mario Bernard dans L’Autre, en 2008, d’après sa terrible chronique de la jalousie intitulée L’Occupation (Gallimard, 2002).

Or, voici que trois films s’inspirant de son univers surgissent coup sur coup. Passion simple, de Danielle Arbid (d’après le roman du même nom paru en 1992 chez Gallimard) est sorti au mois d’août. L’Evénement, d’Audrey Diwan (d’après le roman du même nom paru en 2000 chez Gallimard), vient d’être couronné par le Lion d’or à la Mostra de Venise, et sortira au mois de novembre sur les écrans français. Soit deux fictions, respectivement consacrées à la consumante passion d’une femme pour un homme et à un avortement mené contre vents et marées dans la France des années 1960.

Il faut aussi citer le documentaire J’ai aimé vivre là, de Régis Sauder, tourné dans et sur la ville de Cergy-Pontoise (Val-d’Oise), où réside de longue date l’écrivaine, et qui sort mercredi 29 septembre.

Vous avez été beaucoup adaptée au théâtre, peu au cinéma. Or, voici que trois films sortent, qui s’inspirent de votre univers. Y voyez-vous autre chose qu’une coïncidence ?

Non, c’est vraiment une coïncidence. Aucun des cinéastes n’était au courant des projets de l’autre. Ce sont des rencontres, je crois, entre ces cinéastes et mes textes, qui ont entraîné l’envie de faire un film.

Quel est, comme spectatrice, votre rapport au cinéma ?

Je peux commencer par les films que je ne vais jamais voir : l’anticipation et la violence. Sinon, je me qualifierais de spectatrice moyenne. En revanche, selon moi, cinéma et littérature ne sont pas étanches. Wanda [Barbara Loden, 1970], Sue perdue dans Manhattan [Amos Kollek, 1997], La Fille à la valise [Valerio Zurlini, 1962] sont des films qui comptent pour moi comme écrivaine. La Place [Gallimard, 1984], le livre que j’ai écrit sur mon père, était traversé par La Strada [1954], de Fellini. Il y avait quelque chose de ce film que je voulais atteindre par l’écriture. Ce sont ces choses-là qui sont importantes à mes yeux. Mon livre Les Années [Gallimard, 2008], par exemple, a été fortement inspiré par Le Bal [1983], d’Ettore Scola, un film sans dialogues et pourtant inscrit dans l’histoire.

Avez-vous été tentée par le cinéma ?

Non, mon métier est trop solitaire. Le cinéma est un art social qui implique des relations, du travail collectif. Je m’y vois très mal. On est très loin de la feuille blanche.

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