Annonces de Jean Castex sur la hausse des prix des carburants : l’opposition dénonce un « bricolage »

Jean Castex sur le plateau du Journal télévisé de TF1, le 21 octobre 2021.

Une indemnité de 100 euros pour faire face à l’envolée des prix à la pompe. Le premier ministre, Jean Castex, a dévoilé, jeudi 21 octobre, sur le plateau du 20 heures de TF1, la réponse apportée par le gouvernement aux inquiétudes relatives à la flambée des prix des carburants et au pouvoir d’achat.

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Plutôt qu’un chèque aux automobilistes, une « usine à gaz » selon Jean Castex, ou une baisse de taxes – « il n’y a pas que l’essence » qui augmente –, le gouvernement a choisi une troisième voie : celle de débourser 3,8 milliards d’euros pour accorder une aide à tous les Français qui gagnent moins de 2 000 euros net par mois, qu’ils possèdent une voiture ou non. « Une indemnité classe moyenne », a estimé le premier ministre. Mais les réactions ne se sont pas fait attendre, de la gauche à l’extrême droite.

« Heureusement qu’il y a la présidentielle qui arrive, s’est réjoui ironiquement Xavier Bertrand, vendredi matin, sur les ondes de France Bleu Belfort-Montbéliard. Il a fallu attendre la deuxième quinzaine du mois d’octobre pour qu’ils se décident enfin à faire un geste. Mais dans quel monde ils vivent ? » Si le candidat à l’investiture à droite estime que cette « mesure fait du bien », il considère qu’il « faut des mesures supplémentaires ». Dans son viseur, notamment : la baisse des taxes. « Il n’est pas normal que l’Etat remplisse ses caisses quand le porte-monnaie des Français se vide. » Le sénateur Les Républicains de Vendée, Bruno Retailleau, dénonce, lui, « un nouveau chèque en bois financé par la dette », qui « ne règle rien » aux problèmes du pouvoir d’achat.

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« Spéculos »

Du côté de l’extrême droite aussi la mise en place de cette indemnité de 100 euros est très critiquée : trop peu, trop tard. « Le gouvernement ne comprend rien à la souffrance des Français, à leur détresse sociale, a estimé le président par intérim du Rassemblement national, Jordan Bardella, sur Franceinfo, jeudi matin. Le gouvernement vient nous expliquer, alors que 60 % du prix de l’essence est constitué de taxes, qu’il vient donner un chèque spéculos de 100 euros, c’est du délire. » Sur son compte Twitter, la candidate du RN à la présidentielle, Marine Le Pen, a estimé que « seule la baisse de TVA sur le gaz, l’électricité et les carburants permettra de soulager le pouvoir d’achat de tous les ménages avant l’hiver ».

A gauche, la candidate du Parti socialiste, Anne Hidalgo, a regretté sur son compte Twitter que les annonces de Jean Caxtex « relèvent de l’improvisation et ne sont pas à la hauteur pour les Français qui peinent à boucler leurs fins de mois ». « Je le redis. A situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle : une baisse massive et temporaire de la fiscalité sur l’essence », a-t-elle ajouté, rappelant son souhait de baisser la TVA sur les prix du carburant de 20 % à 5,5 % « le temps de la crise ».

« Bricolage »

Selon le député européen de La France insoumise (LFI) Manuel Bompard, la mise en place du « chèque classe moyenne » fait « très bricolage ». « Il y avait une solution beaucoup plus simple, immédiate, qui était de bloquer les prix du carburant, a-t-il expliqué sur le plateau de BFM, jeudi soir. M. Castex a réussi à le faire sur le gaz, même si c’est beaucoup trop tard, mais au moins il avait réussi à trouver le manuel pour le faire. Il suffirait de dire qu’on bloque les prix de l’essence pour faire en sorte qu’ils arrêtent d’augmenter. » Et pour l’élu LFI, le gouvernement aurait dû se poser « la question de mettre à contribution celles et ceux qui s’en sont mis plein les poches depuis le début de l’année. Je pense aux fournisseurs, Total en 2020, c’est 7,6 milliards de dividendes. On aurait pu les mettre à contribution, mais ça ne me surprend pas ».

Le patron de Force ouvrière, Yves Veyrier, a, lui, salué sur Franceinfo cette « annonce positive », mais s’est aussi inquiété que ce « coup de pouce ponctuel » repose sur « le pari que l’inflation soit temporaire ». De son côté, le président de l’UFC-Que choisir, Alain Bazot, dénonce une mesure « pas immédiate, pas équitable et pas ciblée ». « A vouloir faire trop simple, on prend une mesure qui ne tient pas compte des réelles dépenses », a-t-il regretté jeudi soir sur Franceinfo, estimant que certaines personnes qui « n’utilisent pratiquement pas de voiture vont recevoir 100 euros » alors que pour celles qui roulent beaucoup, « les 100 euros ne sont pas à la hauteur des dépenses ».

Le Monde avec AFP