Anonyme, écrivain et pop profanateur

Au Mexique.

« Santa Mondega » (Showdown With the Devil), d’Anonyme, traduit de l’anglais par Cindy Colin-Kapen, Sonatine, 496 p., 23 €, numérique 15 €.

Les Dead Hunters sont de retour et, cette fois, le diable en personne a juré la perte de cette escouade de barjots. Dans leur huitième aventure, Santa Mondega, l’équipe de tueurs justiciers affrontera également la Grande Faucheuse, une armée de squelettes, une sorcière au pouvoir électromagnétique, ainsi que des cannibales – de cette attaque, l’un des héros ne sortira pas « en derme ». Ça a l’air de n’importe quoi ? Ça l’est, formidablement agencé, rythmé, porté par des scènes d’action au cordeau et une belle science du gag. Il y a des blagues pourries et des carnages à grande échelle dans cette comédie d’horreur qui poursuit le feuilleton fantastico-gore proposé par un écrivain britannique qui signe « Anonyme » et tient à le rester, mais a accepté de répondre aux questions que lui a adressées « Le Monde des livres » par courriel.

« En 2006, un éditeur m’a dit qu’il ne saurait pas comment commercialiser un livre comme Le Livre sans nom [le premier volume de la saga ; Sonatine, 2010], alors je lui ai suggéré de former une nouvelle équipe marketing. Je n’ai plus jamais eu de nouvelles après ça… », nous écrit-il. Face aux rejets des maisons d’édition, il a finalement mis en ligne gratuitement quelques chapitres et proposé son roman intégral à l’achat. A la fin du deuxième mois, les ventes ont décollé et un éditeur a voulu tenter l’aventure en librairie. Commercialiser Le Livre sans nom d’un auteur ayant choisi « Anonyme » pour pseudonyme et qui, jaloux de son incognito, ne ferait jamais de tournée promotionnelle : le pari était risqué. Il fut relevé haut la plume. Avec mauvais goût et mauvais esprit.

La pop culture et la Bible

Au fil des ans et des tomes, la saga à succès, désormais traduite dans le monde entier, a combiné maints folklores horrifiques (cavaliers de l’Apocalypse, ninjas, zombies, momies, Caïn, Frankenstein, vampires, etc.). Tout un panthéon de vilains issus de la pop culture et de la Bible qu’Anonyme se plaît à profaner en s’appuyant sur un humour parfois scatologique : « Je suis à peu près sûr d’être le seul écrivain de l’histoire de la fiction à jeter Dracula dans les toilettes. »

Bande dissemblable d’amis aussi potaches que bravaches, les Dead Hunters – Bourbon Kid, Jasmine, Elvis, Rodeo Rex, Flake – forment un drôle d’attelage, qui puise son inspiration originelle dans Le Magicien d’Oz (de Lyman Franck Baum, 1900), lecture fondatrice : « J’ai aimé le fait que cela commence dans le monde réel (qui est un endroit cruel et déprimant), mais qu’ensuite Dorothy soit emmenée dans ce monde fantastique coloré où elle rencontre l’Epouvantail, l’Homme de fer et le Lion. Tous sont en quelque sorte des étrangers et des solitaires, mais ils deviennent des amis pour la vie. »

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