« Antoinette dans les Cévennes », sur Canal+ : Laure Calamy en clown au charme irrésistible

Antoinette (Laure Calamy) et son âne Patrick dans « Antoinette dans les Cévennes », de Caroline Vignal.

CANAL+ – VENDREDI 4 JUIN À 22 H 55 – FILM

Ce fut le grand bol d’air de la rentrée, la surprise d’une comédie populaire et décalée, à l’humour dérangeant, dont les rebondissements emmènent le spectateur bien au-delà du vaudeville annoncé. Antoinette dans les Cévennes, de Caroline Vignal, diffusé sur Canal+ en « première exclusivité », nous conte l’épopée comique et pathétique d’une femme qui part à la recherche de son amoureux dans les Cévennes, parcourant le chemin des randonneurs aux côtés d’un âne – prénommé Patrick – qui n’en fait qu’à sa tête.

La réalisatrice, qui signe là son deuxième long-métrage, ne pouvait rêver meilleure actrice que Laure Calamy pour incarner une clown au charme irrésistible – le rôle lui a valu le César de la meilleure actrice 2021, en mars. Antoinette, donc, maîtresse d’école pleine de fantaisie, est prête à tout pour déclarer sa flamme à Vladimir, interprété par Benjamin Lavernhe, de la Comédie-Française.

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Le film s’ouvre sur la fête de fin d’année, pour laquelle l’enseignante, dans une robe lamée argent, entonne avec ses élèves un tube de Véronique Sanson, Amoureuse (1972)« Une nuit je m’endors avec lui/Mais je sais qu’on nous l’interdit… » –, les yeux plantés dans ceux de son amant, lequel ne sait plus où se mettre. Les autres parents sont sidérés, partagés entre le sourire amusé et le malaise.

Puis c’est la douche froide pour Antoinette, qui guettait le début des grandes vacances pour passer du temps avec son homme : au dernier moment, celui-ci lui annonce qu’il doit partir dans les Cévennes avec femme (Olivia Côte) et enfant. N’écoutant que son cœur, Antoinette prend un billet de train. Et se lance sur les traces de Vladimir, à corps perdu, sur le GR70 qui relie Le Monastier-sur-Gazeille (Haute-Loire) à Saint-Jean-du-Gard, comme le fit en 1878 l’auteur écossais Robert Louis Stevenson, lui aussi à cette époque en plein chagrin d’amour – il en tira l’ouvrage devenu culte Voyage avec un âne dans les Cévennes, publié en 1879.

Un « couple » explosif et hilarant

Avec son âne Patrick, Antoinette va former un « couple » explosif et hilarant. L’arrivée au gîte dans les Cévennes donne le ton. La Parisienne rigolote et sexy devient l’attraction : les uns la regardent avec sévérité ou commisération, d’autres l’envient et admirent son courage. Car elle est bien la seule à s’aventurer là à dos d’âne, et d’ailleurs elle ne sait pas ce qui l’attend.

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Le sort des amants est scellé au milieu du film. Car ils finissent bien sûr par se croiser. Le scénario tire sur les ressorts comiques jusqu’au point de rupture, envoyant son héroïne en zone périlleuse avant de la récupérer sur le terrain plus connu du burlesque, où Laure Calamy n’a plus à prouver qu’elle excelle. A 45 ans, la comédienne tient enfin son premier grand rôle au cinéma, la subtilité du récit lui permettant de travailler le registre tragi-comique à la manière de Michel Serrault dans La Cage aux folles (1978) – un acteur que Laure Calamy aime citer.

Antoinette dans les Cévennes, film de Caroline Vignal (Fr., 2020, 95 min). Diffusé tout le mois de juin sur Canal+, disponible à la demande sur MyCanal jusqu’au 18 juillet.