« Après la crise des sous-marins, la France peut refaire surface dans la région indo-pacifique »

La crise ouverte par l’annulation du contrat prévoyant la vente de douze sous-marins français à l’Australie a brutalement souligné l’instabilité du concept-valise que forme l’Indo-Pacifique.

Cette notion, installée au cours des années 2010 dans le vocabulaire stratégique de la quasi-totalité des Etats de la région, agrège une palette de représentations sous-tendant des intérêts individuels susceptibles d’entrer en tension. Les conceptions de l’Indo-Pacifique se distinguent par des degrés divers d’opposition à Pékin, d’inclusivité à l’égard des différents acteurs régionaux, ou encore de la volonté d’institutionnaliser les échanges ou de les élargir à d’autres domaines que la coopération militaire.

En rompant son engagement avec Paris, le gouvernement de Scott Morrison [le premier ministre australien, conservateur] a montré que les puissances moyennes, convoitées par leurs partenaires, peuvent se déterminer entre les différentes propositions concernant l’Indo-Pacifique. Cette décision a sabordé la confiance de la principale puissance européenne présente dans la zone, au profit d’une alliance trilatérale plus étroite avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni, porteuse de garanties de réassurance jugées plus solides face à l’accentuation de l’assertivité de la Chine dans la région.

Le souci de l’autonomie stratégique

Elle renforce la dépendance de l’Australie à l’égard des Américains, seuls susceptibles de fournir le combustible hautement enrichi nécessaire pour propulser les sous-marins promis pour 2040, et d’assurer leur maintenance. Et elle tranche ainsi avec l’aspiration à l’autonomie stratégique, privilégiée par l’ancien premier ministre Malcolm Turnbull [2015-2018] et promise par le contrat français. Pour autant, si Canberra a fait le pari de considérer la coopération en Indo-Pacifique comme un jeu à somme nulle, sa position n’est pas partagée par tous dans la région.

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Contrairement à ce que pourrait laisser penser le choix australien, l’Indo-Pacifique ne se borne pas à ressusciter une forme de campisme, Chine contre Etats-Unis, au détriment des moins puissants. Dans une région qui a vu naître le principe de non-alignement, le souci de l’autonomie stratégique reste prépondérant chez les principaux Etats membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean), qui contrôlent plusieurs détroits formant le pivot de l’Indo-Pacifique. L’Indonésie et la Malaisie, notamment, ont froidement accueilli cette alliance à leurs portes entre les membres d’une anglosphère jugée exogène en dépit des efforts de l’Australie pour s’affirmer en « puissance asiatique ».

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