« Après la foudre », de Claire Fercak : vertiges de la fulguration

Dessin de J. M. Dent (1893).

« Après la foudre », de Claire Fercak, Arthaud, 272 p., 19,90 €, numérique 14 €.

Vous croyez savoir à peu près ce que signifie l’expression « coup de foudre », ce phénomène improbable qui vous précipiterait en extase comme on retombe en enfance ? C’est terrible et si beau d’être foudroyé d’amour… Quiconque a lu L’Education sentimentale, de Flaubert (1869), en sait quelque chose, en tout cas : « Ce fut comme une apparition », quand la lumière fut, jaillissant dans l’éblouissement des yeux de Mme Arnoux, et tout un nouveau monde avec elle.

Cependant, et quoi que vous en sachiez d’expérience ou non, vous en apprendrez beaucoup en lisant le quatrième livre de Claire Fercak, dont le remarquable Ce qui est nommé reste en vie (Verticales, 2020) nous avait emporté par sa manière d’aborder ou d’absorber le choc d’un deuil parental, une manière résolument impersonnelle qui, en confrontant d’autres expériences à la sienne propre, cherchait à cerner ce qui se joue de plus commun au secret de chacun. Fercak est décidément de ces écrivains qui font preuve d’une obsession têtue aux mystères de nos vies, et c’est le vif plaisir qu’elle nous offre à nouveau sur un mode, cette fois, beaucoup plus joueur ; Après la foudre, texte bref, parsemé de photos et de documents, l’est aussi de petits « quiz » invitant le lecteur à un retour d’expérience.

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C’est qu’elle prend ici l’expression « coup de foudre » au pied de la lettre. Construit comme une enquête, le récit de la fulguration d’une jeune femme prénommée Helena et de ses conséquences infiniment ramifiées rameute une multitude de connaissances liées au feu du ciel, de la science à la mythologie, pour tenter de comprendre ce qui s’est produit le 16 août 2015 : « Personne ne l’a vue venir, descendre vers le sol, cette lumière du ciel chargée de millions de volts », et « pourtant c’est un fait qui marquera son existence : Helena a été touchée, traversée par la foudre, et Helena est en vie », comme cela arrive parfois.

Remise, mais pas tout à fait

Peu importe que ce personnage d’Helena soit réel ou inventé, puisque l’enquête est scrupuleusement menée (et qu’est-ce qui n’existe pas un peu une fois qu’on l’a inventé ?) : son témoignage est confronté à un faisceau d’expériences réelles, dont celles de personnes qui, comme s’ils attiraient la foudre, ont été plusieurs fois fulgurées, ainsi de Roy Sullivan, foudroyé sept fois, et qui pourtant aura été retrouvé mort dans son lit, en 1983, une balle dans la tête, ce qui « n’étonne pas vraiment Helena ». Elle-même s’en est miraculeusement remise, mais pas tout à fait : pour le pire, de l’ordre de la peur panique que cela recommence, mais aussi le meilleur. « Quitte à avoir été blessée par la foudre, autant que ça serve à remettre certaines choses en place » dans une existence rétrospectivement jugée superficielle, puisqu’un violent retour d’enfance a été enclenché par cet instant de « disparition de l’attente, de la prévision, de la projection », une sorte d’insaisissable vérité d’elle-même en somme. « Cette manière d’être pleinement là » qui s’est ainsi esquissée, « comment la pérenniser » sans s’y perdre ?

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