« Après la transition numérique, la transition écologique pourrait cristalliser une nouvelle fois le décalage entre doctrines américaine et européenne »

Tribune. Bien avant les Etats-Unis et la Chine, l’Europe a misé sur la transition écologique. L’accord de Paris a été voulu par les puissances européennes, et le style de relance décidé au Sommet européen de juillet 2020 a confirmé la réalité des ambitions. Seulement, au cours des dix mois qui ont été nécessaires à la validation de ce plan par les 27 Etats membres, les circonstances ont changé. Après la glaciation de l’ère Trump, les Etats-Unis de Joe Biden accélèrent à leur tour sur les enjeux environnementaux. Pour la planète, c’est une excellente nouvelle, bien sûr – et chacun doit s’en réjouir. Mais sur le plan économique, les choses sont plus ambiguës.

Sur le plan d’infrastructures de 2 300 milliards de dollars en discussion à Washington, plus de 1 000 milliards d’investissements sont dévolus à des projets durables : environ 175 milliards seront débloqués pour les véhicules électriques, 165 milliards seront alloués à la modernisation des transports publics et du réseau ferré, 180 milliards viendront financer des recherches largement orientées sur les enjeux environnementaux. Voilà pour les chiffres. Mais c’est surtout en matière de doctrine que les choses apparaissent en toute clarté.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Joe Biden réussit à replacer les Etats-Unis au cœur de la diplomatie climatique

En effet, ce programme d’investissement massif est fondé sur une doctrine économique dans laquelle l’innovation et l’investissement sont antérieurs à la réglementation. C’est justement cette approche qui a permis aux Etats-Unis de s’imposer comme l’épicentre de la révolution numérique, et aujourd’hui comme juge de paix de sa régulation. Le parallèle s’impose : après vingt ans de champ libre, voire de protectionnisme en faveur des GAFA, l’administration Biden semble en effet bien décidée à imposer un nouveau cadre réglementaire à ses champions. Les signes sont là pour en témoigner, avec le soutien apporté par Washington à la taxation mondiale sur les sociétés lors du G7 finances ou la nomination des « antimonopoles » Tim Wu, au poste de conseiller spécial du président sur les enjeux de technologie et de concurrence, et Lina Khan, au poste de commissaire à la Federal Trade Commission (l’autorité américaine de la concurrence).

Industrie innovante

Joe Biden ne fait pourtant pas ce geste politique par grandeur d’âme. Maintenant que les géants américains du numérique ont gagné la bataille technologique et commerciale, il devient tout simplement réaliste pour les Etats-Unis d’introduire de nouvelles normes de protection de la concurrence.

Il vous reste 52.57% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.