Après le Brexit, le Royaume-Uni enterre l’âge d’or avec la Chine

Analyse. Pour le Royaume-Uni, c’est l’un des premiers succès visibles de « Global Britain », ce slogan censé définir sa place dans le monde après le Brexit. Le pays participe à l’Aukus, cette alliance qui scelle la coopération militaire entre Londres, Canberra et Washington dans la zone Asie-Pacifique. Dans cette affaire, les Britanniques sont peut-être la « cinquième roue du carrosse », comme les a qualifiés, un peu mauvais joueur, Jean-Yves le Drian, le ministre français des affaires étrangères, mais ils marquent des points.

En creux, la participation de Londres à l’Aukus vient confirmer une réalité géopolitique : le Royaume-Uni s’aligne avec Washington contre Pékin. L’idée initiale des Brexiters, qui était de s’ouvrir au monde au-delà de l’Europe, et notamment vers la Chine, semble mort-née.

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En 2015, David Cameron, alors premier ministre britannique, annonçait l’ouverture d’un « âge d’or » entre le Royaume-Uni et la Chine. Il recevait Xi Jinping en grande pompe, en visite officielle. Le président chinois en avait profité pour annoncer de nombreux contrats commerciaux.

Déception à la City

Six ans plus tard, il faut « suivre l’argent », comme disent les Anglo-Saxons, pour se rendre compte du coup de froid entre Londres et Pékin. Plusieurs des contrats annoncés à l’époque sont en train de capoter ou s’avèrent décevants.

Le plus spectaculaire concerne le nucléaire civil. En 2015, le gouvernement britannique avait accepté que CGN, l’entreprise nucléaire chinoise, travaille au Royaume-Uni. Elle devait cofinancer deux centrales fabriquées par EDF, avant d’en construire une autre utilisant sa propre technologie. L’opération devait marquer la grande entrée de la Chine dans le nucléaire civil occidental.

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Aujourd’hui, CGN finance effectivement un tiers de la centrale d’Hinkley Point C, dans l’ouest de l’Angleterre, qui est en cours de construction. Mais elle devrait être écartée des deux autres projets. Une décision sur la centrale de Sizewell, dans l’est de l’Angleterre, est désormais imminente. A en croire le Financial Times, le gouvernement britannique veut forcer CGN à vendre sa participation de 20 % dans le projet. Quant à la centrale utilisant la technologie chinoise, prévue sur le site de Bradwell, à moins de cent kilomètres de Londres, elle n’a pratiquement plus aucune chance de voir le jour. Dans les circonstances actuelles, jamais le gouvernement de Boris Johnson ne donnerait son assentiment.

A la City aussi, les rêves de Chine sont en train de s’évaporer. Un autre grand projet, lancé peu après la visite de Xi Jinping, était le rapprochement entre les Bourses de Londres et de Shanghaï. Les négociations, plus longues que prévu, n’ont débouché qu’en 2019. Deux ans plus tard, la déception est forte, avec tout juste un goutte-à-goutte d’échanges financiers entre les deux marchés. Seules quatre entreprises chinoises ont pu lever de l’argent sur le marché britannique, et aucune depuis octobre 2020. Quant aux investisseurs britanniques, qui espéraient avoir accès aux actions chinoises, ils sont finalement limités à des instruments moins liquides (le GDR, dans le jargon financier), ce qui réduit fortement l’utilité de l’accord. Pire, en janvier 2020, le gouvernement chinois a suspendu l’accord entre les deux Bourses, n’ayant pas apprécié que le gouvernement britannique critique vertement son attitude envers Hongkong.

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