Architecture : le palmarès de la Biennale de Venise distingue des projets pour mieux vivre ensemble

« Structures of Mutual Support »,  installation réalisée par le collectif Framework Collaborative pour le pavillon philippin à la Biennale d’architecture de Venise 2021.

Y a-t-il une tradition que le Covid-19 n’ait pas balayée ? Celle qui voulait que la cérémonie de remise des Lions d’or marque l’ouverture au public de la Biennale de Venise, en tout cas, a sauté. Le palmarès a été dévoilé lundi 30 août, soit trois mois après le début de cette édition, la dix-septième en date, elle-même repoussée d’un an. Les Emirats arabes unis s’y trouvent pour la première fois de leur histoire récompensés par le Lion d’or du meilleur pavillon national, pour une exposition qui a en commun avec les autres projets primés d’apporter une réponse très concrète au thème de l’année : « How Will We Live Together ? » (« comment vivrons-nous ensemble ? »). Le jury était présidé par Kazuyo Sejima, cofondatrice avec Ryue Nishizawa de l’agence japonaise Sanaa, lauréate avec celui-ci en 2010 du prix Pritzker (l’équivalent du Nobel pour l’architecture) et qui fut par ailleurs commissaire, cette même année, et toujours avec lui, de la Biennale de Venise.

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Moins célèbre, le commissaire de la Biennale 2021 s’appelle Hashim Sarkis. Directeur depuis 2015 du département d’architecture du Massachusetts Institute of Technology (MIT), ce Libanais d’origine, Etats-unien d’adoption, a pensé l’exposition principale comme un vaste chantier visant à brancher une fois pour toutes l’architecture sur la pulsation du chaos contemporain, à forcer celle qu’on appelle mère de tous les arts, à prendre acte de ce grand chambardement auquel aucune dimension de l’existence n’échappe plus aujourd’hui et qu’elle réussit pourtant si bien à ignorer. Tournant le dos aux « starchitectes » et autres grands abonnés de la Biennale, le commissaire a massivement passé commande à des collectifs de jeunes chercheurs et/ou praticiens engagés dans des démarches collaboratives, horizontales, transversales, expérimentales.

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Un parti pris aussi cohérent que risqué, et il n’y a pas eu de miracles. Saturée de considérations scientifiques, de données chiffrées, de textes explicatifs, l’exposition est éprouvante sans être toujours convaincante. Les projets les plus enthousiasmants sont ceux qui approchent la question posée autrement que par la science.

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C’est le cas de Structures of Mutual Support, installation émouvante et passionnante, poétique et utile, réalisée par le collectif Framework Collaborative pour le pavillon philippin. Distinguée au palmarès par une mention spéciale, elle rend compte du processus par lequel une communauté villageoise a décidé collectivement de construire une bibliothèque, et en documente l’expérience – les conditions qui ont permis qu’elle se mette en place, les discussions entre les villageois, les conflits, la construction elle-même – autour d’une belle structure en bois, soigneusement aménagée à l’intérieur, qui reprend celle du bâtiment. Une deuxième partie de l’exposition la relie à une constellation de pratiques de constructions collectives recensées à travers l’histoire, sur tous les continents, et détaille les conditions qui rendent possibles le succès de telles entreprises.

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