Ariane Labed (« L’Opéra ») : « On doit pouvoir être fragile, et le milieu de la danse l’interdit »

Ariane Labed à Paris, le 23 janvier 2020.

Pour son rôle de danseuse étoile menacée de licenciement dans L’Opéra, série créée par Cécile Ducrocq et Benjamin Adam, diffusée sur OCS Max depuis mardi 7 septembre, Ariane Labed a reçu le prix de la meilleure actrice au Festival Séries Mania, qui s’est tenu à Lille, fin août début septembre.

Vous avez reçu une formation de danseuse. Au-delà de ce point commun, pourquoi avoir voulu interpréter le rôle de Zoé ?

Le fait que la série se déroule dans ce milieu m’a forcément émue, cela me renvoie à mon adolescence. Mais, en dehors de ça, L’Opéra est une façon très nouvelle de parler de la danse. Dans les quelques fictions que j’ai vues traitant du même sujet, le milieu y est très souvent fantasmé. Le scénario de L’Opéra est beaucoup plus ouvert, plus intelligent, il développe des choses intéressantes autour des carrières, un discours qui sort du milieu de la danse.

Comment vous êtes-vous préparée physiquement et techniquement ?

J’ai repris les bases. Ce fut effectivement un choc de reprendre la barre, je n’avais pas fait de pointes depuis vingt ans ! C’était violent… Les danseurs de la série et moi avons été entraînés par des chorégraphes et des danseurs, parfois ensemble, parfois individuellement. Ce qui était très intéressant, car nous avions un accès direct à la réalité de leur métier, ce n’était pas qu’une préparation théorique. En tout, la préparation physique a duré trois mois, ce qui n’est pas énorme…

Lire le portrait (2016) : Ariane Labed, actrice tous risques

Dressez-vous un parallèle entre la carrière de danseuse, fragile et limitée dans le temps, et celle d’actrice ?

Ce sont des questions que je refuse de me poser, car je pense qu’elles appartiennent à une autre époque. En tout cas, c’est ce que je veux croire. Ça ne m’affecte pas encore, mais c’est une question qui me travaille, évidemment. Il est vrai que l’on voit beaucoup d’actrices de plus de 50 ans qui ne vieillissent pas… C’est très difficile d’accepter le temps qui passe sur nos visages et nos corps. J’aimerais être catégorique sur le sujet, dire que je trouve ça beau… On devrait pouvoir voir les acteurs vieillir, ça ferait du bien à tout le monde. Au-delà de la profession d’acteur, il y a un manque de représentation des visages et des corps qui nous ressemblent.

« L’Opéra » s’intéresse aussi, à travers le personnage de Flora, au sort des danseurs qui ne ressemblent pas au stéréotype.

Flora n’a pas la même couleur de peau que les autres danseurs, et la danse classique a toujours montré des corps blancs, beaux, minces. Evidemment que l’on a besoin de voir autre chose, il est temps que ça change, et l’Opéra de Paris a pris le sujet à bras-le-corps.

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