Arnaud Lagardère, le calme avant la tempête

Arnaud Lagardère, à Paris, le 27 février 2020.

Dix-huit ans après, il est toujours là, souriant, presque désinvolte. L’air d’un éternel adolescent, même si ses 60 ans commencent à marquer cette allure juvénile. Depuis l’immense bureau de la rue de Presbourg, à deux pas de l’Arc de triomphe, Arnaud Lagardère s’apprête pourtant à tourner une importante page de l’histoire de son groupe, qui coiffe Hachette, Europe 1, Paris Match, le JDD et les boutiques des aéroports et des gares (« travel retail »). Après un an d’une bataille homérique contre deux ogres du capitalisme français, Vincent Bolloré et Bernard Arnault, et un turbulent fonds activiste, Amber Capital, le fils unique de Jean-Luc a réussi à signer un traité de paix le 28 avril. Et à se maintenir à la tête du groupe six années supplémentaires. Moyennant un important prix à payer.

Dès mercredi, le groupe devient « opéable » : son capital est éclaté entre des actionnaires qui peuvent à tout moment vendre d’importants blocs de titres

Le mercredi 30 juin, l’assemblée générale des actionnaires doit voter la fin de la commandite, cette forteresse mise en place par le père, après la faillite de la chaîne de télévision La Cinq, qui le rendait indélogeable. Le dirigeant a-t-il un pincement au cœur ? « Je m’y fais plutôt bien. J’ai même le sentiment de me mettre un peu plus au goût de la bonne gouvernance », affirme-t-il, assis à sa vaste table de réunion, au milieu d’une décoration improbable, qui mêle épais rideaux au style rococo, fauteuils Renaissance et maillots des basketteurs des Chicago Bulls. « Avant 1992, nous avions des actionnaires, certains gentils, certains moins gentils, enfin la vie normale de chef d’entreprise. On y a survécu », relativise-t-il, soulignant la belle opération financière qu’il réalise. La cession de la commandite lui rapporte 7 % de titres supplémentaires. Elle le fait passer de 7 % à 14 % du capital du groupe à son nom.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Arnaud Lagardère renonce à la commandite, Vincent Bolloré nouvel homme fort du groupe

Malgré cette assurance, Arnaud Lagardère n’oublie pas que cet accord projette le groupe dans un futur incertain. Dès mercredi, celui-ci devient « opéable » : son capital est éclaté entre des actionnaires qui peuvent à tout moment vendre d’importants blocs de titres, le mettant à la merci des prédateurs. Vivendi, avec son encombrant premier actionnaire, Vincent Bolloré, en détiendra 27 %, Amber, qui a tenté de le déloger en 2020, 18 %, le Qatar 12 %, et Bernard Arnault au moins 7 %. « Rien ne peut garantir que les gens restent. C’est la liberté totale », reconnaît Arnaud Lagardère. « Mais l’idée, même pour Amber, c’est, à partir du moment où l’on écrit une nouvelle histoire ensemble, de ne pas sortir avant plusieurs années. » Il veut les convaincre que s’ils continuent à ses côtés, la capitalisation de Lagardère peut croître de « 2 à 3 milliards, si l’édition poursuit sur sa lancée et que le travel retail se redresse et retrouve ses niveaux d’avant 2019. Le cours passerait de 20 à 40 euros ».

Il vous reste 69.58% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.