« Arthur Cravan. La terreur des fauves », de Rémy Ricordeau

« Arthur Cravan. La terreur des fauves », de Rémy Ricordeau, postface d’Annie Le Brun, L’Echappée, 238 p., 18 €.

Parce qu’elle fut fulgurante, la trajectoire du poète pugiliste Arthur Cravan (1887-1918) a été abondamment commentée et souvent associée aux autres comètes littéraires que furent, en leur temps, Jacques Vaché et Jacques Rigaut. Même tempérament radical, même détestation des faux-semblants, même existence abrégée et postérité prolongée pour des œuvres relativement embryonnaires. Chez Cravan, la démesure du corps – 1,95 m, 104 kg, 129 cm de tour de poitrine – ajoutait du poids à ses extravagances.

Correspondance amoureuse

L’auteur du « prosopoème » Notes est, en 1917 et 1918, un homme perdu, guetté par la folie, comme le montre la biographie richement illustrée de Rémy Ricordeau. Pour la première fois, celle-ci rassemble, entre autres curiosités, la correspondance amoureuse de Cravan avec ses deux dernières compagnes, Sophie Treadwell et Mina Loy. « Si la consolation ne vient pas de toi, écrit-il le 30 décembre 1917 à cette dernière, je vais disparaître du monde sensible ou en tout cas intelligent. Je ne peux plus regarder une étoile ou lire un livre sans que l’horreur m’envahisse. Je n’ai presque plus la force de t’écrire et si je savais que je le fasse en vain, je me suiciderais dans cinq minutes. »

Le neveu d’Oscar Wilde a fait la connaissance de Mina Loy en mai 1917, lors d’un bal costumé donné à New York par Marcel Duchamp. C’est une peintre et poète, encore mariée à cette date (elle épousera Cravan en mars 1918). Il lui écrit tous les jours du Mexique, où il survit grâce aux leçons de boxe qu’il prodigue. Pour Cravan, l’amour est une forme d’art, une source d’émotions violentes. Il conclut ses lettres ainsi : « Je t’adore, ange de mon cœur. Je t’envoie tous mes sanglots » ; « Mina, ne me fais pas de mal. Envoie une boucle de tes cheveux ou plutôt viens avec tous tes cheveux ». Il lui confie être « possédé d’un de ces amours exceptionnels, de la même manière que l’on ne rencontre un grand talent que tous les cinquante ans ».