Arts : Hauser & Wirth, la possibilité d’une micro-île

Vue aérienne de la nouvelle adresse de la galerie suisse Hauser & Wirth, sur l’Illa del Rei, une micro-île des Baléares.

Hongkong, New York, Los Angeles, Zurich, Londres, le Somerset, Southampton, Gstaad, Saint-Moritz, Monaco depuis juin… et désormais Minorque ! Et de onze implantations pour Hauser & Wirth, donc – si on ne compte pas les doubles adresses à Zurich et à New York, la maison d’édition ou la gestion de Chillida Leku, musée au Pays basque espagnol. La galerie suisse, devenue en moins de trente ans l’une des plus puissantes au monde (elle représente près d’une centaine d’artistes internationaux), contribue à réinventer le rôle et le statut des galeries à l’heure d’un marché mondialisé.

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La méga-galerie vient ainsi d’investir l’Illa del Rei, ou île du Roi, une de ces micro-îles qui parsèment l’estuaire de Port-Mahon, la ville principale de Minorque, aux Baléares. Une navette la dessert depuis les quais du centre-ville en une quinzaine de minutes. Un détonnant blob rose de Franz West accueille les visiteurs au débarcadère, d’où une allée pavée remonte vers un ancien hôpital naval britannique du début du XVIIIe siècle, dont l’enseigne a ressuscité les dépendances.

Iwan Wirth, président et cofondateur de la galerie avec sa femme, Manuela Hauser-Wirth, le reconnaît : « C’est une idée folle ! Avoir une galerie ici ne correspond ni à un besoin ni à une stratégie par rapport au marché espagnol, ni à un développement immobilier. » Le projet remonte à plus de cinq ans : le couple recherchait alors une maison de vacances quand il a été approché par la fondation de préservation de l’ancien hôpital. « Je préfère de loin être un partenaire local qu’un touriste, résume le marchand d’art de 51 ans. Nous n’avions pas réellement besoin de cet espace, mais le projet nous a trouvés, et nous n’avons pas pu résister à la tentation ! Nous avons un appétit pour les sites inhabituels, dont l’énergie nourrit les projets et qui offrent des horizons plus stimulants qu’un white cube pour les artistes. »

« Une part d’utopie »

Ce partenariat public-privé avec l’association patrimoniale et la ville de Port-Mahon, propriétaire de l’île, s’accompagne d’un bail de quinze ans, renouvelable, pour Hauser & Wirth. « Une galerie est certes un espace commercial, mais il y a aussi une part d’utopie, car cela reste un lieu accessible à tous gratuitement, que les œuvres soient en vente ou pas. D’ailleurs, aucune n’est à vendre dans notre exposition inaugurale de Mark Bradford : elles ont toutes été vendues avant l’ouverture. Aujourd’hui, les ventes sont déconnectées des lieux eux-mêmes. Et ça donne de la liberté, détaille l’entrepreneur. Nous sommes une galerie mondialisée, à l’image de nos collectionneurs. Et, si le marché se développe sur le digital, nous avons plutôt créé ici une nouvelle destination. »

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