Arts : le Vietnam fantasmé du peintre Mai-Thu exposé à Mâcon

Mai-Thu, « Consolation » (1961), encre et couleurs sur soie, 59 cm × 29 cm, coll. particulière.

Le voyageur passant par la gare de Lyon, cet été, ne pouvait qu’être intrigué par les gracieux visages aux traits asiatiques affichés sur de grands panneaux dressés sur le parvis. Cette opération de communication, fruit d’un partenariat entre la SNCF et la ville de Mâcon, visait à inviter le public, en partance vers le sud, à faire un arrêt dans la préfecture de Saône-et-Loire pour aller y découvrir, au Musée des Ursulines, la première rétrospective consacrée au peintre vietnamien Mai-Thu (1906-1980), qui y vécut. Elle est présentée dans l’ancien couvent mâconnais jusqu’au 24 octobre.

Un coup de cœur est à l’origine de l’exposition. Arrivée en 2017 à la tête du Musée des Ursulines, la conservatrice Michèle Moyne-Charlet trouve, dans les collections de l’établissement, des œuvres de l’artiste, qu’elle ne connaissait pas. Elle est séduite par « la douceur et la poésie » qui émanent de ses portraits de femmes et par sa maîtrise de la peinture sur soie. En poussant ses recherches, elle découvre que plusieurs familles mâconnaises possèdent des œuvres de Mai-Thu. En collaboration avec Anne Fort, conservatrice au Musée Cernuschi, à Paris, et Mai Lan Phuong, fille du peintre, elle décide de monter une rétrospective afin de remettre en lumière cet artiste oublié.

De son travail le public connaît ses petites figurines d’enfants qui ont orné les cartes de vœux de l’Unicef, dans les années 1960, du temps où l’on ne les envoyait pas par textos ou grâce aux réseaux sociaux. Une activité qui ne représente guère l’étendue de la palette du peintre, qui fut aussi photographe et musicien, comme le montre l’exposition. Celle-ci réunit 140 œuvres, présentées de manière chronologique dans la chapelle du couvent.

Le peintre Mai-Thu.

Né au Vietnam sous protectorat français dans une famille de mandarins, Mai-Thu intègre en 1925, à l’âge de 19 ans, l’Ecole des beaux-arts d’Indochine (EBAI), à Hanoï. Fondé cette année-là par le gouvernement colonial, l’établissement, dirigé par le Français Victor Tardieu (1870-1937) et le Vietnamien Nguyen Nam Son (1890-1973), est très sélectif : seulement six étudiants composent la première promotion. Six jeunes hommes – aucune femme, mais il y en aura quelques-unes ultérieurement – qui contribueront à l’émergence de la notion d’artiste au Vietnam, au sens occidental du terme.

A l’EBAI, les élèves bénéficient d’une formation proche de celle des Beaux-Arts de Paris. On attend d’eux qu’ils développent un style indochinois, inspiré par l’art français tout en restant vietnamien. Une synthèse qu’illustre parfaitement l’œuvre de Mai-Thu.

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