Arturo Schwarz, marchand d’art et éditeur des œuvres de Marcel Duchamp, est mort

Arturo Schwarz à Milan (Italie) en 2007.

Pour le monde de l’art, l’Italien Arturo Schwarz était l’exégète, l’éditeur et le marchand de Marcel Duchamp (1887-1968). Autant dire un monument de l’histoire de l’art. Mais cet homme à la pensée volcanique avait autant de passions – pour la poésie, la politique et l’ésotérisme – que de casquettes – libraire, galeriste, écrivain… anarchiste. Sans oublier un goût consommé pour le débat et la contradiction. Le guérillero s’est éteint le 23 juin à Milan, à l’âge de 97 ans.

« Je suis un vieux surréaliste », nous avait-il un jour confié dans un français parfait, en nous accueillant dans son antre milanais, une caverne d’Ali Baba remplie d’œuvres surréalistes, d’art primitif et de livres. Le marchand parisien Georges-Philippe Vallois n’a pas non plus oublié « l’ambiance étrange et envoûtante, à la Umberto Eco » qui émanait de cet appartement où s’agrégeaient les mille et une traces d’une vie picaresque.

Né le 2 février 1924, à Alexandrie (Egypte), d’un père ingénieur chimiste allemand et d’une mère italienne, Arturo Schwarz passe les vingt-cinq premières années de sa vie en Egypte. Etudiant en médecine, il rejoint le mouvement égyptien communiste, avant de rallier la IVe Internationale trotskiste. Arrêté en 1947, il atterrit dans une prison d’Hadra, à Alexandrie, puis est conduit au camp d’Aboukir, avant d’être expulsé, l’année suivante, en Italie.

A Milan, le jeune Schwarz poursuit l’activité éditoriale qu’il avait lancée dès 1945, publiant recueils de poésie contemporaine, écrits politiques et livres d’artistes, tout en écrivant sous le pseudonyme de Tristan Sauvage. Dès les années 1950, Schwarz expose des artistes dans sa librairie, transformée en galerie en 1961. Ce fidèle d’André Breton (1896-1966) y montre les surréalistes bien sûr, Picabia (1879-1953), Man Ray (1890-1976) ou Konrad Klapheck, ainsi que les Nouveaux Réalistes, Arman (1928-2005), Martial Raysse et Daniel Spoerri.

Mais il défend en priorité un artiste, Marcel Duchamp, dont il rédige, de 1959 à 1969, la monographie et le catalogue raisonné, tout en éditant treize ready-made historiques, dont sept qui avaient disparu. « J’avais fait un rêve où je voyais Duchamp retrouver des esquisses, nous avait-il raconté. Je lui ai décrit mon rêve et, grâce à ça, il a retrouvé les notes de la Boîte blanche. » Malgré tout, son approche de l’agitateur ne fait pas l’unanimité, certains historiens d’art lui reprochant une perspective « alchimique » excessive.

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