Assassinat de Samuel Paty : « A force d’euphémiser l’islamisme, une partie de la gauche est devenue inaudible »

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Publié aujourd’hui à 03h41

Seuls une fleur et une pancarte « Je suis prof » restent en guise d'hommage à Samuel Paty, à Conflans Sainte Honorine (Yvelines), le 12 octobre 2021.

Enseignant dans un collège en région parisienne, Christophe Naudin est l’auteur de Journal d’un rescapé du Bataclan (Libertalia, 2020), un livre dans lequel il revient sur le drame et sur son parcours de reconstruction, avant de critiquer durement une partie de la gauche, qu’il juge complaisante avec les islamistes. En 2015, il avait aussi cosigné, avec William Blanc, chez le même éditeur, Charles Martel et la bataille de Poitiers. De l’histoire au mythe identitaire.

L’assassinat de Samuel Paty par un jeune djihadiste, à partir d’une accusation relayée par un parent islamiste et avec le concours d’élèves qui l’ont désigné, vous est-il apparu comme un basculement ?

Comme tout le monde, j’étais sidéré, bien sûr, quand c’est arrivé. Sidéré, mais pas étonné sur le fond, car j’avais, depuis la rentrée 2016, cette crainte – j’en parle dès le début de mon livre – que les djihadistes s’en prennent à l’école, comme ils l’avaient annoncé dans leur propagande. Je savais qu’ils pouvaient cibler des enseignants, pour tout ce qu’on représente à leurs yeux et qu’ils haïssent. La menace planait. Des enfants ont été, c’est vrai, dans une forme de complicité, même si, évidemment, ils ne savaient pas ce qui allait arriver, mais c’est avant tout un attentat djihadiste. J’en veux plus aux parents qui étaient derrière, dans un tourbillon de surenchère. Ce qui s’est passé reflète aussi les problèmes que nous, enseignants, pouvons rencontrer, avec la pression exercée par certains parents et les contestations de certains élèves. Mais je ne pense absolument pas que la motivation des élèves impliqués était « djihadiste ». Avec les réseaux sociaux, des affaires qui partent dans tous les sens, sans aller aussi loin, nous en avons régulièrement.

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Professeur d’histoire et spécialiste de l’islam médiéval, vous avez été projeté au cœur de la violence extrême d’un événement historique. Cela a-t-il modifié votre perception d’historien ?

J’ai l’impression qu’au contraire cela a plutôt conforté cette perception. Le fait d’être historien, de travailler avec recul et méthode et, en plus, sur ces sujets-là ! m’a permis de mieux amortir le choc. Je me dis parfois que, si cela m’était arrivé quand j’étais très jeune, j’aurais pu me replier sur moi-même, peut-être même tomber dans la haine des musulmans. Mon état d’historien, en fait, fait partie des choses qui m’ont protégé.

Votre expérience de « rescapé du Bataclan », que vos élèves ne peuvent ignorer, a-t-elle des conséquences sur votre pratique professionnelle ?

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