Astérix sans potion magique

Un extrait d’« Astérix et le Griffon ».

En mal de popularité « dans la Rome d’en bas », César envoie une légion en Asie centrale dans le but de capturer un griffon, créature mythologique mi-aigle mi-lion, qu’il pourra ensuite exhiber aux jeux du cirque. Guidée par le géographe Terinconus, l’expédition va rapidement croiser le chemin d’Astérix et Obélix, venus escorter le druide Panoramix, à qui son homologue sarmate Cékankondine a réclamé de l’aide lors d’un rêve prémonitoire. Le griffon est en effet le totem de ce peuple nomade vivant à cheval et sous la yourte. Voilà pour le décor et le contexte du trente-neuvième épisode des aventures d’Astérix, le cinquième sous la plume du scénariste Jean-Yves Ferri et du dessinateur Didier Conrad, à qui la série a été confiée il y a dix ans dans le but de « faire à l’identique » des créateurs de la saga, Albert Uderzo et René Goscinny.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés « Astérix et le Griffon », le 39e album d’une BD devenue une machine à cash

Inutile de rentrer dans le détail des péripéties qui attendent les deux héros. Tout ce qui fait l’architecture et le sel d’une aventure astérixienne – les bagarres, les pirates, les citations latines, les caricatures (redoutable Michel Houellebecq en géographe retors), les jeux de mots (formidable « Il ne faut pas prendre l’Helvétie pour des gens ternes ») – a été incorporé à un récit où priment l’action et les allusions à l’époque actuelle. Jean-Yves Ferri distille quelques messages portant sur la désinformation, l’omniprésence d’Internet, la crise sanitaire ou l’inversion des rapports de domination hommes-femmes à travers l’exemple d’Amazones affairées à la guerre alors que leurs maris ont été affectés aux tâches ménagères.

Pétages de plomb homériques

Au passage, le scénariste s’est permis quelques audaces narratives, notamment une ellipse introductive qui voit Astérix et Obélix commencer leur aventure au milieu des frimas et non au village – village totalement absent du récit, sauf pour la dernière et traditionnelle case, dite du banquet. Point de potion magique également dans le gosier d’Astérix, et pour cause : celle-ci a gelé, renvoyant le héros à sa condition d’homme parmi les hommes. Quelques pétages de plomb homériques renvoient à La Zizanie (1970), chef-d’œuvre de la grande époque, alors que la quête de l’animal mythique au milieu des décors enneigés n’est pas sans rappeler… Tintin au Tibet (1960), d’Hergé.

On ne referme pas l’album sans admirer le travail de Didier Conrad, plus à l’aise que jamais avec la représentation des chevaux et les contre-plongées à 40 degrés, comme les affectionnait Morris dans Lucky Luke.

Astérix et le Griffon, de Jean-Yves Ferri (textes) et Didier Conrad (dessins), Les Editions Albert-René, 48 p., 9,90 €.