« Atlas Tadao Ando » : Philippe Séclier et le béton obsédant de l’architecte japonais

Le musée préfectoral d’Art de Hyogo, à Kobe (Japon), conçu par Tadao Ando (2002).

« Atlas Tadao Ando », de Philippe Séclier, introduction de Yann Nussaume, poème de Naoko Kawachi, 296 p., 2 300 photos, 49 €.

Philippe Séclier a consacré dix ans de sa vie à photographier tous les bâtiments possibles, au Japon ou ailleurs, de l’architecte japonais Tadao Ando, artiste mondialement célèbre du béton brut. Il a pris des dizaines d’avions, de trains, bus, trams, taxis, il a marché des milliers de kilomètres. De ce défi givré, il a fait un livre.

Tout démarre en juillet 2011, quatre mois après la catastrophe de Fukushima, au Japon. Alors rédacteur en chef de la revue Auto Hebdo, il se retrouve, seul journaliste occidental, autour du circuit de Sugo, pour une course de voitures. Il est surtout à 50 kilomètres de la centrale. Ce qu’il voit du pays le bouleverse. Il doit revenir.

Protocole masochiste

Un an plus tard, il pénètre dans l’église de la Lumière, une des œuvres les plus célèbres d’Ando, à Osaka. Un rectangle de béton, la lumière qui gicle d’une croix percée dans le mur. Séclier est emporté. Car ce journaliste spécialisé dans les bolides est fou d’art et de littérature, photographe également, auteur – entre autres – d’un livre autour de Pasolini (Pier Paolo Pasolini. La longue route de sable, Ed. Xavier Barral, 2005), et d’un film documentaire sur le photographe Robert Frank (Un voyage américain, 2009).

Avec Ando, il entend boucler une trilogie admirative. Gourmand de défis, il s’impose un protocole masochiste. Celui du vagabond. Il n’a pas de commanditaire. Il engage son argent et son obstination. Il photographie au téléphone portable. Parfois, il bute sur une façade et prend quelques images, noires et blanches comme le béton, le bois, le verre. Parfois, il arrive à rentrer, porté par son art de la rencontre, et réalise jusqu’à huit cents photos de l’église sur l’Eau, sur l’île d’Hokkaido. Le soir, à l’hôtel, il fait sa sélection.

Il commence à Paris, où il habite, photographiant l’espace de Méditation conçu par Ando au sein de l’Unesco. Puis va en Allemagne pour photographier la Fondation Langen, à Neuss, près de Düsseldorf. Et toujours plus loin. Le Musée d’art moderne de Fort Worth, à l’ouest de Dallas (Texas), la Fondation des arts Pulitzer, à Saint-Louis (Missouri), un bâtiment en Corée du Sud…

Il sait que le Japon est le principal terrain de jeu d’Ando, et là, c’est une autre affaire. Il y a le coût des séjours, la barrière de la langue, peu de panneaux dans la rue, des bâtiments cachés, sans adresse ni numéro. Alors, Séclier achète des centaines de livres et de revues consacrés au maître, pour faciliter sa chasse. « Une enquête devient quête, puis obsession », dit-il.

Il vous reste 64.54% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.