Au Brésil, l’extrême pauvreté explose

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Publié aujourd’hui à 11h32

Avec son gros sac à dos, sa chemise repassée et sa coupe de cheveux soignée, Eduardo Monteiro pourrait avoir l’air d’un étudiant ou d’un employé de bureau. A 40 ans, en ce vendredi 24 septembre, cet homme d’apparence tranquille marche au soleil tout près des arches de Lapa, quartier populaire et festif du centre de Rio de Janeiro. Mais certains signes ne trompent pas : l’homme a les yeux enfoncés et les traits tirés, révélateur de journées d’inquiétude et de nuits difficiles. Car voilà six mois qu’il vit dans la rue.

« C’est dur. Je suis tout seul. Il n’y a que Dieu et moi », raconte cet ancien mécanicien, natif de Sao Paulo, ayant brutalement perdu son emploi durant la pandémie. « J’essaie de trouver du papier carton ou de la ferraille pour l’apporter à recycler », déclare-t-il. La tâche est rude : il faut parcourir chaque jour des dizaines de kilomètres avec plusieurs kilos sur le dos pour récolter quelques centimes de real. « Le plus dur, c’est le regard des gens. Ils ont peur de moi », se lamente-t-il.

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En vérité, Eduardo n’est pas seul. Il a rejoint la longue cohorte des mendiants du centre de Rio, qui accueille d’innombrables campements de sans-abri. Les matelas (quand il y en a) sont installés sur le trottoir, à l’ombre des arbres, cernés par les pigeons, les rats et les cafards. La majorité des miséreux sont noirs. Beaucoup ont un regard méfiant ou semblent complètement perdus. L’alcool et le crack font ici des ravages.

« Dieu est généreux : les poubelles sont riches »

Tout transpire la détresse. « Heureusement, Dieu est généreux : les poubelles sont riches », tente de positiver Luiz Sergio (qui, comme beaucoup, ne donnera que son prénom), grand Noir de 50 ans, dont quarante passés dans la rue. Plus loin, près de la place Paris, Thiago, la trentaine, s’assoit sur le bord du trottoir, au risque de se faire renverser par les voitures. Cet ancien gardien d’immeuble habite depuis six mois un terre-plein le long de voies rapides. « Ma famille ne sait rien, elle n’est pas au courant », avoue-t-il. Des larmes de honte lui montent aux yeux.

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« Le nombre de sans-abri a énormément augmenté avec la pandémie de Covid-19 », témoigne Tatiane Cavalcanti, coordinatrice à la fondation publique Léon-XIII, qui offre aux SDF un accompagnement administratif en les aidant à obtenir des papiers d’identité. « Il y en a toujours eu beaucoup dans le centre. Mais leur profil a changé, ajoute-t-elle. Avant, on avait plutôt des hommes seuls de 18 à 35 ans. Aujourd’hui, ce sont des familles entières qui sont à la rue », dit-elle. Trois générations vivent parfois ensemble sur le trottoir.

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