Au collège Simone-Veil, à Montpellier, une rentrée sous le signe de la mobilisation

Le collège Simone-Veil,à Montpellier.

Un retour à l’anormal

La rentrée s’annonce encore une fois mouvementée au Petit Bard, quartier populaire de Montpellier. Depuis 2015, les parents d’élèves (surtout les mères) se rassemblent pour dénoncer l’absence de mixité sociale dans le collège du secteur. Une centaine de personnes restent mobilisées. « On rêverait d’arrêter ce combat, car cela voudrait dire que tout est rentré dans l’ordre, espère Fatima, membre du collectif. Mais il y a un déni de la réalité par les institutions et un mépris pour les gens du quartier. » En juin, les mères ont manifesté en centre-ville mais sans obtenir de solutions concrètes de la mairie ou du rectorat. L’éducation nationale affirme être « pleinement engagée auprès des élèves du quartier ». La rectrice de Montpellier Sophie Bégean précise que « 51 000 euros par an sont investis dans des projets éducatifs pour les trois écoles du secteur ».

La fronde des mères

Un simple courrier, reçu fin 2014, a déclenché la mobilisation. Il informe les parents d’une modification de la carte scolaire : à la rentrée prochaine, tous les élèves de CM2 du Petit Bard devront s’inscrire au collège Las Cazes, à un kilomètre du quartier. Mais l’établissement, en sous-capacité, souffre d’une image peu flatteuse, contrairement au collège François-Rabelais, plus au nord, où la plupart des parents du secteur préfèrent envoyer leurs enfants. Ce dernier est surtout plus mixte, en comparaison de Las Cazes, fréquenté à 95 % par des élèves d’origine marocaine venant du Petit Bard. « Nous ne voulions pas que nos enfants se suivent de la maternelle à la fin du collège, sans découvrir la culture de l’autre et le vivre-ensemble, sans mélange ni ouverture », dénonce Fatima. En signe de contestation, les mères du quartier bloquent le collège pendant deux semaines en mai 2015.

Des rencontres au sommet

Après la mairie, le rectorat et le conseil départemental, l’affaire est remontée jusqu’au ministère de l’éducation nationale. En décembre 2016, la ministre Najat Vallaud-Belkacem rencontre les contestataires avant la cérémonie organisée à l’occasion du changement de nom de l’établissement, devenu le collège Simone-Veil (un changement « de façade », selon les mobilisées). En mai 2018, Emmanuel Macron cite en exemple les mères du Petit Bard dans son discours sur les banlieues et les rencontre dans la foulée. Depuis 2015, le collège a surtout regagné en attractivité, grâce à de nouvelles options (arts de la scène, section internationale) et un pôle rugby en partenariat avec le Montpellier Hérault Rugby, club de première division. De quoi donner un vernis de mixité sociale : en réalité, ces filières restent peu accessibles aux enfants du Petit Bard.

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Une lutte en expansion

Construit dans les années 1960 pour loger des rapatriés d’Algérie, ce quartier d’environ 6 000 habitants est décrit comme un foyer de contestation et de culture de la mobilisation collective. « Il y a toute une histoire de mobilisation dans ce quartier, à la suite des actions du collectif Justice pour le Petit Bard au début des années 2000 », explique Choukri Ben Ayed, professeur de sociologie à l’université de Limoges et spécialiste des questions de ségrégation scolaire. Ce premier collectif, aujourd’hui dissout, luttait contre les expulsions locatives et la dégradation des logements. Les mères du Petit Bard ont repris le flambeau. Elles ont même donné une résonance nationale à leur lutte en organisant les premiers États généraux de l’éducation dans les quartiers populaires, à Montpellier, en 2017. L’expérience s’est répétée à Créteil (Val-de-Marne) en 2018 et à Stains (Seine-Saint-Denis) en 2019.

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