Au Controis-en-Sologne, couple présidentiel cherche successeur désespérément

Par et Guillaume Blot

Publié aujourd’hui à 05h00

Serge et Renée Trinel aiment les oiseaux et les gens. Dans leur maison de Controis-en-Sologne, dans le Loir-et-Cher, à une vingtaine de kilomètres au sud de la Loire, ils nous parlent des uns et des autres, assis sous la véranda. Au bout de la table, dans deux grandes cages, se balancent dans un flamboiement de couleurs Cocotte, une perruche Kakariki, et Coco, une perruche de Pennant. Serge a élevé jusqu’à 200 de ces espèces rares, cordonbleus grenadins, caps bleus, ruficaudas, papes de Nouméa et, surtout, diamants de Gould, de magnifiques passereaux chamarrés qui, à chaque concours, lui valent des prix nationaux et une profusion de coupes qui s’alignent sur une étagère.

100 « Fragments de France »

A six mois de l’élection présidentielle, Le Monde brosse un portrait inédit du pays. 100 journalistes et 100 photographes ont sillonné le terrain en septembre pour dépeindre la France d’aujourd’hui. Un tableau nuancé, tendre parfois, dur souvent, loin des préjugés toujours. Ces 100 reportages sont à retrouver dans un grand format numérique.

Quand ils ne prennent pas soin de leurs chers estrildidés, les Trinel s’intéressent aux personnes. Ils sont des piliers de la vie associative locale, et ce depuis bientôt quarante ans. Ils se sont occupé du foot ou des parents d’élèves. Cela fait désormais vingt-deux ans que le couple, lui comme président, elle comme trésorière ou secrétaire, anime le comité des fêtes.

« Ils font énormément de choses pour la commune », assure Jean-Luc Brault, le maire (sans étiquette). Le mari et l’épouse n’ont jamais mégoté sur leur temps. Ils n’ont pas non plus ménagé leur énergie, du moins jusqu’à aujourd’hui. C’est qu’ils ont 75 ans tous les deux, les Trinel. « Je vieillis, je deviens sourd et je perds la mémoire », constate sans fard Serge. « Il fatigue plus vite. Il faut parfois que je le rebooste », convient Renée.

Crise du bénévolat

Dans le jardin, les immenses volières n’enferment plus que du vide. Pour économiser sa peine, Serge Trinel s’est séparé d’une bonne partie de ses oiseaux, n’en gardant qu’une trentaine. Il les vend ou les donne à de jeunes éleveurs, qui se lancent à leur tour dans la partie. Il est heureux que la relève soit assurée et que ses compagnons ailés trouvent un nouvel asile.

Pour ce qui est de la vie associative, c’est bien plus compliqué. Voilà deux ans que Serge veut passer la main mais ne trouve personne pour reprendre le flambeau au comité des fêtes. Cette vacance commence sérieusement à inquiéter Jean-Luc Brault. « L’après monsieur et madame Trinel va être une catastrophe pour notre territoire », redoute-t-il. D’autant qu’il doit enregistrer d’autres défections de bénévoles, qu’ils soient dirigeants sportifs ou animateurs culturels.

Renée et Serge Trinel, dans leur maison de Controis-en-Sologne (Loir-et-Cher), le 17 septembre 2021.

Il regrette mais comprend. « Il y a une tendance à l’ingratitude et à l’égoïsme, ressent-il. On vient pour consommer, pas pour participer. Des parents déposent leurs enfants à une activité puis viennent les reprendre. D’ailleurs, ils débarquent parfois en retard, sans s’excuser. » Il n’est pas le seul élu à affronter pareille situation en France. Un rapide tour de la presse régionale permet de mesurer l’ampleur de la crise de la vocation de bénévoles. Un peu partout, des Trinel rendent leur tablier et des associations disparaissent, faute de remplaçants.

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