Au Festival d’Aix-en-Provence, un « Combattimento » entre héraldique et Cygne noir

La metteuse en scène Silvia Costa en France en 2020.

Prêts à reprendre le combat ? Ce 16 juin, après-midi étouffant à Aix-en-Provence, qui espère l’orage et la pluie. Dans le frais cocon du Théâtre du Jeu de paume, l’horizon aussi se charge. La pause n’est pas tout à fait terminée mais Sébastien Daucé, le patron de l’Ensemble Correspondances, est déjà dans la fosse. Idem à la régie pour Silvia Costa, qui met en scène Combattimento, la théorie du cygne noir. A eux deux, les artistes ont construit un spectacle inédit sur des musiques baroques italiennes autour du fameux Combat de Tancrède et Clorinde, extrait de La Jérusalem délivrée du Tasse, qui clôt le huitième livre des madrigaux de Monteverdi. Un dernier sifflement de visseuse à jardin : les techniciens quittent le plateau.

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Le filage de la première partie est prévu à 16 h 30. Tête encapuchonnée de noir, la mezzo Lucile Richardot ajuste ses genouillères tandis que Tancrède et Clorinde, alias le baryton Etienne Bazola et la soprano Julie Roset, revêtent la robe blanche des chevaliers du Temple. « Mesure 106 », s’impatiente le chef d’orchestre. Le noir a laissé place à la première partie du madrigal à six voix Hor che’l ciel e la terra (« Maintenant que le ciel et la terre »). Une longue plage d’accords statiques évoquant la nuit et le sommeil des éléments. Soudain relayés par de courtes exclamations. Au cœur de l’obscurité, une âme s’agite et guerroie – « veille », « pense », « brûle » et « pleure ». « Guerra, guerra, guerra », chevauchent les voix en imitation tandis que des points de lumières constellent peu à peu le rideau de nuit telle une Grande Ourse. Le Combattimento peut commencer.

« Fulgurance géniale de Monteverdi »

« Notre travail s’arc-boute sur ces deux pièces majeures, explique Sébastien Daucé. Au centre, Il Combattimento, cette fulgurance géniale de Monteverdi dans la recherche des rapports texte-musique. En amont et en aval, le madrigal roi qu’est Hor che’l ciel e la terra, dont la première partie sert de prologue tandis que la seconde fournira, après les lamentations, l’épilogue du spectacle le retour de l’espoir, une reconstruction après les épreuves du deuil. »

La trame dramaturgique élaborée par Silvia Costa imagine en effet les suites possibles du « combattimento » après la mort de Clorinde. Non sous la forme d’une narration stricte, mais d’un parcours de sensations et d’images, où la perte infligée à Tancrède essaime à toute la communauté qui l’entoure. A l’œuvre, la « théorie du cygne noir » de Nassim Nicholas Taleb, selon laquelle un événement tout à fait accidentel peut provoquer une crise majeure ou briser un destin.

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