Au Festival d’Ambronay, toutes les musiques sont sacrées

La chanteuse Gülay Hacer Toruk (au premier plan), accompagnée par l’ensemble Canticum Novum, dirigé par Emmanuel Bardon, lors du concert du 11 septembre 2021, au 42e Festival d’Ambronay (Ain).

Bien que présenté en modèle réduit, le Festival d’Ambronay n’a pas été annulé en 2020. Pour autant, cette 42e édition sonne comme une renaissance. Et une reconnaissance, pour le public venu nombreux en ce beau samedi 11 septembre d’été indien. A 17 heures, une file de bracelets roses, signes de passe sanitaire valide, s’allonge devant la salle polyvalente où se produit l’ensemble Canticum Novum d’Emmanuel Bardon. Entièrement voué à la musique ancienne, le chanteur et chef d’orchestre s’est entouré d’artistes venus d’autres cultures. Le programme, intitulé « Samâ-ï/Alep la Cosmopolite », regroupe des musiques sacrées issues des liturgies byzantine et syriaque, des traditions grecques, alévies, kurdes, turques, maronites, ottomanes. Non contente d’avoir été l’une des cités les plus anciennes, Alep, au carrefour commercial d’une des routes de la soie, a fondé en effet sa prospérité autour d’une tradition multiculturelle.

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Un solo d’oud a longuement préludé au Parthenos simeron écrit au VIe siècle par Romanos le Mélode pour un kondakio de Noël. De part et d’autre de l’orchestre, les voix de la chanteuse turque Gülay Hacer Toruk et d’Emmanuel Bardon ont entonné cette musique au rythme obsédant dont le raffinement ornemental distille séduction et poésie. La jeune femme, qui se décrit comme une « brûleuse de chansons », possède une voix sensuelle et ductile, un art virtuose d’une grande délicatesse. A ses côtés, deux autres chanteurs instrumentistes, l’oudiste syrien Bayan Rida, dont le beau timbre sombre semble sculpter la mélodie, et Spyros Halaris, également joueur de kanoun et luthiste, dont la chaleur vibrante enveloppe la musique de soleil.

Aux accents plaintifs des vièles médiévales de Nolwenn Le Guern, aux nuages de harpe de Marie-Domitille Murez répondent le souffle modulé de la flûte kaval jouée par Léa Maquart, le compagnonnage rythmique des percussions occidentales (Henri-Charles Caget) et orientales (Ismaïl Mesbahi), le scintillant kanoun (cithare) de Spyros Halaris, l’expressive et étrange nyckelharpa, vièle à clavier suédoise (avec archet) et la fidula à cordes frottées d’Aliocha Regnard. Lamentations kurdes, poèmes arméniens, romances séfarades se succèdent dans un semblable cheminement. Ainsi d’En la excola de l’aliança venue de Turquie, à la mélopée belle et entêtante : Canticum Novum rend compte avec ferveur de la richesse de ce patrimoine poétique, littéraire, spirituel, né au sein des religions et des cultures. A l’heure des procès en appropriation culturelle, un exemple de concorde dans le partage et la libre circulation des arts.

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