Au Festival d’Avignon, Angélica Liddell rate sa cible avec « Liebestod… »

« Liebestod - El Olor a sangre ne se me quita de los ojos », de et par Angélica Liddell. Festival d’Avignon, juillet 2021.

Alors, pour ou contre Angélica ? La question vous est posée vingt fois par jour, dans les rues d’Avignon. Avec la metteuse en scène et performeuse Angélica Liddell, c’est comme s’il ne pouvait pas y avoir d’alternative : on est sommé d’adorer ou de détester. L’artiste espagnole, qui a largement tiré sur la corde de la provocation au cours des quinze dernières années, a ses fans et ses détracteurs, tout aussi virulents.

Un avis critique nuancé est donc par avance disqualifié, comme sur bien d’autres sujets de nos jours. De même que l’existence d’une troisième catégorie de spectateurs, ceux que le travail d’Angélica Liddell ne secoue ni ne rebute, mais a tendance à lasser, voire à ennuyer par son côté répétitif et égotique.

Lire le portrait (en 2015) : Sacrée Angélica Liddell

Avec la nouvelle création au titre à rallonge qu’elle présente au Festival d’Avignon – Liebestod. El olor a sangre no se me quita de los ojos. L’odeur du sang ne me quitte pas des yeux. Histoire(s) du théâtre III –, c’est une Liddell plus intime, plus authentique aussi, qui entre dans l’arène. Et qui livre indéniablement un spectacle plus réussi que ceux qu’elle a pu signer ces dernières années. Cela en fait-il un chef-d’œuvre pour autant ? Certainement pas.

Liebestod (littéralement, « mort d’amour ») est un spectacle inégal, qui offre des images somptueuses, des moments d’une grande beauté, et souffre d’un manque criant de dramaturgie, au fil des presque deux heures que dure la représentation. Liddell s’y met d’abord en scène, non sans humour, comme une sorte de bête de foire, dont on guette le moment où elle va se scarifier en direct ou montrer son sexe. Ce qu’elle ne manque pas de faire, pour de faux (dans le cas des scarifications) ou pour de vrai, dans le cas du sexe, un sexe sanglant dans lequel elle trempe un morceau de pain, qu’elle déguste ensuite.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Théâtre : l’ode vibrante d’Angélica Liddell à ses parents

La mort d’amour

La dimension la plus touchante de cette création (lointainement) inspirée par la figure du torero Juan Belmonte, c’est celle de la mort d’amour, de l’identification de Liddel à Yseut ayant perdu son Tristan, un Tristan ici prénommé Heysel, et dont Angélica crie sa douleur de l’avoir perdu. Etait-il nécessaire pour autant de balancer le final du Tristan et Isolde de Wagner à un niveau sonore aussi insupportable ? C’est un vieux truc de théâtre un peu facile que de monter le son pour faire grimper l’intensité de la représentation.

Sans transition, Liddell se lance ensuite dans une diatribe contre la France, pays de fonctionnaires rabougris, selon elle. La France, ses théâtres de ronds-de-cuir et sa jeunesse ramollie, qui manifeste pour ses droits à la retraite, font éructer Angélica. Même s’il est trempé dans une plume talentueuse, l’exercice, là aussi, apparaît assez vain, et rate sa cible : il caresse dans le sens du poil les tenants d’un populisme devenu de bon aloi, qui tire à vue sans discernement sur tout ce qui ressemble à une « élite ».

Il vous reste 17.24% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.