Au Festival d’Avignon, l’échappée grecque de Maguy Marin, Koen Augustijnen et Rosalba Torres Guerrero

« Y aller voir de plus près », de Maguy Marin, au Festival d’Avignon, en juillet 2021.

Encombré, il est. Encombré, il restera, et même pire. Le plateau du spectacle Y aller voir de plus près, de la chorégraphe Maguy Marin, entraîne immédiatement une question : comment la danse va-t-elle trouver sa route dans le décor et les accessoires qui occupent à ras bord la scène du Théâtre Benoît-XII ? A moins de sérieusement déménager, impossible, à première vue, de se faufiler entre quatre toms basses, des bottes de foin, une colonne grecque, des écrans ici et là, des troncs d’arbres, une forêt de mats métalliques, le tout serré-collé.

De danse donc, au sens strict du terme, il n’y en aura pas, au grand dam de certains spectateurs venus en voir, sur le seul nom de Maguy Marin. Mais on circulera néanmoins avec souplesse entre les mille et une images, vidéos, cartes postales et photos d’archives que cette pièce, inspirée par La Guerre du Péloponnèse, de Thucydide, feuillette avec passion et précision.

Théâtre du peu

Maguy Marin renoue ici avec sa veine théâtrale, déjà explorée dans Turba (2007), sur des poèmes de Lucrèce, ou Description d’un combat (2009), qui s’appuyait sur Homère, Victor Hugo, Charles Péguy… Eprise de littérature, elle sait en écouter et ciseler les langues, faire ressortir les mots et les thèmes en transformant les performeurs, ici au nombre de quatre, en récitants et musiciens. Leurs voix vigoureuses tressent l’histoire complexe du conflit entre Sparte et Athènes, au Ve siècle avant Jésus-Christ, dressant un champ de bataille intemporel.

Sur fond de percussions lancinantes, ce fil textuel est relayé par les films réalisés par Anca Bene et David Mambouch. Projetés sur différents écrans de tous formats, ils composent une mosaïque miroitante comme un paysage brûlé par le soleil. Ils illustrent par le jeu et le détail les stratagèmes et les péripéties des belligérants. Et hop, un papier plié fait surgir un bateau, puis une flotte complète parée pour une attaque navale ; des figurines en plastique se dressent comme une armée ; des cartes scolaires à l’ancienne rappellent les contours des pays…

Cette translation faussement naïve et enfantine, qui fait son miel (grec !) d’un théâtre du peu, réussit à rendre concrètes les valeurs marchandes et humaines des guerres, dont Maguy Marin élargit le spectre jusqu’à nos jours. Pendant que les interprètes déposent un plat de pastèque sur scène en dégustant des figues, on contemple le paysage plastique qu’ils manipulent à vue. Un jet de tissu bleu, et nous voilà au bord de la mer Egée. De quoi donner envie à certains spectateurs de lire – ou relire – Thucydide.

Il vous reste 46.16% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.