Au festival d’Avignon, Tiago Rodrigues présente une « Cerisaie » déroutante

« La Cerisaie », de  Tchekhov, mise en scène par Tiago Rodrigues,  le 1er juillet  lors  d’une répétition, à Avignon.

Le public a applaudi quand ont retenti les trompettes de Jarre annonçant le début de La Cerisaie, de Tchekhov, lundi 5 juillet, en ouverture du festival, dans la Cour d’honneur du Palais des papes : il était 22 h 40, le spectacle aurait dû commencer à 22 heures, mais les contrôles à l’entrée se sont éternisés à cause des mesures sanitaires – il fallait présenter un certificat de vaccination ou les résultats d’un test – et d’un groupe d’intermittents qui bloquaient l’entrée principale. Tout s’est finalement arrangé, et les spectateurs (pas loin de 2 000) ont pu prendre place dans la nouvelle cour, la sixième depuis le début du festival. Une cour élégante, avec des sièges en bois confortables, et un plateau refait à neuf. Du bel ouvrage, à porter au crédit du mandat d’Olivier Py.

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Deux heures et demie plus tard, le public a applaudi à nouveau, mais sans enthousiasme débordant, à la fin de La Cerisaie mise en scène par Tiago Rodrigues, le futur directeur du Festival d’Avignon, avec Isabelle Huppert en tête de distribution. Inutile de préciser que le spectacle était attendu. Ni que la fébrilité était au rendez-vous : comme toujours lors d’une première dans la Cour d’honneur, tout se passe comme si l’on mettait un bateau à la mer. Quelle direction prendra-t-il ? Quel vent le portera ? On ne saurait trop le dire pour cette Cerisaie, qui est à la fois, libre, généreuse, et déroutante.

Libre, parce que Tiago Rodrigues prend ses aises avec Anton Tchekhov (1860-1904). L’homme de théâtre portugais n’est pas un adepte de la religion du répertoire. Si les quatre actes sont là, le texte n’est pas suivi à la lettre, mais dans l’esprit de la mise en scène, qui offre une grande liberté aux comédiens. C’est en cela que La Cerisaie est généreuse. Mais elle est déroutante dans sa volonté de s’éloigner à tous crins du naturalisme, et de nous mener à Tchekhov par d’autres chemins.

Elément d’un puzzle

La grande et belle maison, on ne la verra pas. Les cerisiers sans fin dans la campagne russe, non plus. Pour tout décor, il y a sur le plateau 150 des anciens sièges de la Cour, qui semblent regarder la nouvelle. Un pont, en somme, entre l’ancien et le nouveau monde, qui s’enlacent et se déchirent dans La Cerisaie. A ces sièges s’ajoutent trois lampadaires modernes auxquels sont accrochés des lustres anciens. Ils éclairent le passage du temps, inexorable, entre le moment où Lioubov (Isabelle Huppert) revient dans sa maison d’enfance, et celui où elle la quitte, après la vente de la cerisaie, rachetée par Lopakhine (Adama Diop), le riche marchand, fils de moujik.

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